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Discussion: quelque 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên

  1. #21
    Le Việt Nam est fier de toi Avatar de Bao Nhân
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    Récit du voyage de Gérard et Tuân : 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên

    Huitième journée : Kon Tum - Buôn Ma Thuôt
    Le 27 juillet. À 06h00. Hier soir, nous nous sommes octroyés un massage à l'hôtel pour nous remettre de la dure journée de route. Souvent, quand je fais un séjour en France, j'entends mes amis me parler des massages vietnamiens avec beaucoup de sous-entendus ! Il est vrai que le massage asiatique a souvent mauvaise réputation chez les Occidentaux qui confondent massages et attouchements ! Il est vrai aussi que de nombreuses officines, fort répandues en zones touristiques, alimentent consciencieusement cette réputation ! En ce qui nous concerne, Tuân et moi, nous avons simplement profité d'un massage traditionnel où l'énergie de la masseuse, à nous frapper à poings fermés et à nous piétiner allègrement, ôte toute velléité de marivaudage ! Et honni soit qui mal y pense !

    Les os remis en place, et une bonne nuit de repos, nous sommes prêts à poursuivre notre voyage… Ce matin, le temps est gris, suite de l'orage de la veille. Pour nous c'est plutôt agréable, car la température est plus fraîche, et pour la première fois j'ai revêtu un blouson pour affronter les heures matinales. Notre pho quotidien avalé, nous suivons la nationale 14 en direction de Pleiku. La route a laissé la piste Hô Chí Minh continuer vers le Laos la veille, et maintenant elle est redevenue une route comme les autres!

    Avec une circulation plus importante qui nécessite d'être vigilant ! La preuve m'en est donnée très rapidement, puisque, après quelques kilomètres, un bus qui double en 4e position me contraint à rouler dans un fossé rendu boueux par les pluies de la veille. Et là, je commets une erreur de débutant : au lieu de relâcher les gaz et de laisser ma moto ralentir sur son erre, je freine ! Dérapage dans la boue, la moto s'incline, le poids des bagages m'entraîne, et je chute dans la boue ! Rien de grave, puisque je reste debout, c'est la moto qui se couche, mais mon orgueil de motard en prend un coup. Tuân est déjà là, il me donne un coup de main pour relever engin et bagages, et me propose, suite à sa longue expérience des sentiers boueux, de ressortir ma moto du bourbier dans lequel elle s'est enfoncée. Mais je décline son offre : je dois m'en sortir tout seul ! Et c'est sous le regard moqueur mais protecteur de Tuân que je réussis, après quelques dérapages contrôlés, à ressortir du fossé et à retrouver le bitume de la route.

    Cet incident nous montre une fois encore combien la route est dangereuse. Nous verrons d'ailleurs notre second accident mortel ce jour là ! Et encore une fois, j'aurais le cœur serré de voir que je ne pourrais rien faire pour ce malheureux ! Malheureux et inconscient, car nous l'avions vu quelques minutes auparavant s'amuser à slalomer entre les camions et les bus, jouant à doubler tout le monde, sans ralentir… Médecin du corps et des coeurs, je connais bien la psychologie humaine, mais quelle cruelle absurdité que de laisser son taux de testostérone supplanter sa raison pour finir sous les roues d'un camion !

    Malgré tout, la route continue… Nous faisons un petit détour pour admirer le lac Tnung, à quelques kilomètres de Pleiku. Curieusement, hormis les bananiers, ses rives couvertes de pinèdes et ses plages de sable rouge me font penser aux lacs de la Côte d'Azur en France. Sous la pergola qui surplombe le lac, quelques couples d'amoureux se font des serments pour la vie. Tuân et moi, nous faisons discrets ! En quittant le lac, nous croisons un guide, en grosse cylindrée, qui effectue les trajets Dà Lat - Dà Nang en transportant des touristes. Malgré l'humilité de nos petites motos, nous avons droit à des félicitations et des encouragements de sa part et à la solidarité des motards, en nous indiquant quelques passages difficiles sur la route à venir.

    Après un arrêt à Pleiku pour faire nettoyer ma moto couverte de boue, nous repartons vers Buôn Ma Thuôt. Jusqu'à présent, nous avions eu la chance d'avoir des routes plutôt confortables, exemptes de gros trous, et que nos reins et nos épaules appréciaient particulièrement. Cette fois, la route a décidé de nous donner une leçon, et pendant près de 200 km, nous sautons plus que nous roulons ! À cette occasion, Tuân apprend une expression bien française : "C'est vraiment une route de m…!". Expression qu'il utilisera avec beaucoup de plaisir plusieurs fois pendant ce trajet !
    C'est donc en tressautant sur nos selles que nous traversons l'immense plateau de Pleiku à Buôn Ma Thuôt. Ici, tout est vaste : le paysage qui s'étend à l'infini, les monts volcaniques qui se dessinent à l'horizon, les plantations de thés, de poivriers et de café qui se succèdent en rangs serrés. Mais ce qui m'impressionne le plus, ce sont les plantations d'hévéas qui s'étirent sur des dizaines de kilomètres ! Dire que cette résine finira en millions de pneus qui, une fois usés, se consumeront en polluant l'atmosphère ! À cause de la… rusticité de la route ! Les haltes défilent : arrêt au marché de Cho Se pour acheter des fruits, arrêt à Ea Rai pour refaire le plein d'essence, arrêt à Ea Drang pour le repas de midi, arrêt à Buôn Hô pour boire un verre.

    Après Buôn Hô, nous nous arrêtons au sommet d'un petit col pour discuter avec des enfants qui gardent des bœufs paissant dans une pinède. De là, nous avons vue sur des plantations de thé en terrasse. L'endroit est calme, l'air est frais, et les enfants sont curieux. Ils nous posent beaucoup de questions auxquelles nous répondons, en surveillant nos bagages du coin de l'oeil…! C'est à ce moment là que je prends conscience de mes limites : mon vietnamien est inopérant ! Outre mon épouvantable accent qui rend déjà mon discours difficilement compréhensible à toute personne qui n'a pas l'habitude d'entendre un étranger parler vietnamien, mon vocabulaire n'est plus celui de la région. Même Tuân a du mal à se faire comprendre ! Pour me consoler, je me dis que ces enfants font partie de l'ethnie Gia Rai et que donc à l'impossible nul n'est tenu. J'apprendrai les dialectes plus tard ! Nous repartons sous des "bye bye" tonitruants, ce qui achève de me rendre morose !

    Mon moral remonte rapidement en profitant des derniers kilomètres qui nous séparent de Buôn Ma Thuôt, et heureusement, car, à peine arrivé en ville, un incident mécanique aurait pu entamer définitivement ma bonne humeur proverbiale ! Ma moto émet, depuis quelques temps, un curieux bruit de sirène à chaque démarrage, et là ce bruit devient franchement insupportable, à tel point qu'il attire l'attention des gens que nous croisons ! Nous décidons de tirer les choses au clair, et nous demandons l'adresse du concessionnaire de la marque de ma moto. Un xe ôm local propose de nous guider, et après avoir traversé la ville, rouge de confusion sur un engin couinant, j'arrive à la concession. Je n'ai pas besoin de parler ! En entendant le bruit, le gérant fait le diagnostic : "C'est la courroie !", et hèle immédiatement 2 ouvriers pour m'offrir un festival de l'efficacité vietnamienne ! L'engin est mis sur pont, carter ouvert, courroie ôtée, membrane changée, moteur nettoyé, nouvelle courroie, carter refermé, moto remise à neuf en moins d'une demi-heure ! En France, j'aurais attendu 3 jours !

    Hôtel trouvé, nous nous offrons une promenade nocturne dans l'air frais de Buôn Ma Thuôt : petit tour devant le Monument de la Victoire, visite de l'église locale et du temple Lac Giao. Un petit moment de recueillement chacun selon nos convictions personnelles, et après un excellent repas dans un restaurant, nous retrouvons le calme de nos chambres. Il est 21h00. Demain nous repartons à 06h00 pour Nha Trang.

    (À suivre)
    Gérard Bonnafont/CVN
    (21/10/2007)
    Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn/de...REPLY_ID=47739
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  3. #22
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    Récit du voyage de Gérard et Tuân : 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên

    Neuvième journée : Buôn Ma Thuôt - Nha Trang

    Le 28 juillet. À 06h30. Au jour naissant, Tuân et moi sommes installés au 9e étage d'un hôtel pour déguster un copieux petit déjeuner. Pour la deuxième fois depuis le début de notre voyage, nous faisons une entorse au rituel du pho matinal. J'avais envie de retrouver le goût du pain-beurre et œufs au plats matutinaux. Sur le plan diététique, je ne suis pas certain que nous ayons gagné au change, mais sur le plan de la gourmandise, c'est un vrai régal ! Et puis, la vue sur Buôn Ma Thuôt et les environs est superbe ! Seuls les pas feutrés des serveurs viennent troubler la sérénité de l'instant !


    Mais ce moment de plénitude gastro-sensitive ne dure pas. À peine ai-je terminé de plonger un croissant croustillant dans ma tasse de thé que l'ascenseur déverse sur la terrasse un flot ininterrompu d'hommes et de femmes qui se ruent sur le buffet, manquant nous renverser au passage ! Nous remarquons que la plupart portent des chemises au sigle d'une grande entreprise et déduisons que nous avons pour convives des employés de ladite entreprise, en voyage d'agrément ! Connaissant cette entreprise de réputation, je me dis que nous sommes entre gens de bonne compagnie et que je ne risque rien à aller me resservir au buffet. Quel naïf je suis ! En effet, devant un buffet comme sur la route, l'individu devient un monstre d'égoïsme, seulement préoccupé à atteindre son but : le plat qu'il convoite !

    Je me retrouve coincé au milieu d'individus, les yeux exorbités, les lèvres retournées sur un rictus sauvage, poussant des grognements de bêtes, cognant, bousculant, piétinant… Je résiste, j'essaie de rester humain, mais moi aussi je dois lutter pour ma survie, et, que mes ancêtres me pardonnent, mais je profite éhontément de mon expérience d'ex-talonneur de rugby et de mon gabarit plutôt imposant pour écraser, culbuter, éjecter tout ce qui me sépare de mon pain, et revenir, couvert de bleus, mais triomphant ! C'est ce qui s'appelle "gagner son pain à la sueur de son front"… Ce qui est remarquable, c'est que, une fois servi et de retour à leur table, tous ces fauves redeviennent des individus aimables et polis qui me sourient et me souhaitent bon appétit !

    Cette épreuve accomplie, nous en entamons une seconde non moins dangereuse : reprendre la route en direction de Nha Trang ! Et, décidément, rien ne me sera épargné aujourd'hui ! En effet, ce matin, c'est Tuân qui ouvre la route, et depuis que nous avons quitté Buôn Ma Thuôt, je le vois regarder attentivement de tous côtés, ralentir souvent, scruter le paysage… Autant de signe d'inquiétudes, inhabituels chez lui ! Soudain, il s'arrête sur le bas-côté, hélant un passant. Le temps que je le rejoigne, il a déjà obtenu le renseignement qu'il cherchait : nous allons vers le Cambodge, à l'opposé de notre route ! Je regarde mon compteur : nous avons parcouru 30 km qu'il va falloir refaire en sens inverse ! Une heure de route pour rien ! Mais comment se mettre en colère face au sourire épanoui de Tuân dont la bonne humeur n'est jamais altérée ? Demi-tour dans la décontraction, et en avant plein Ouest !

    Cette fois-ci, nous devons traverser le plateau volcanique de la province de Dak Lak, avant de redescendre sur le littoral. La route 26 nous promène à travers les plantations de café et innombrables champs de maïs, s'étirant jusqu'aux montagnes noires qui se profilent à l'horizon. Le maïs est pour la région ce que le riz est aux deltas : nourriture principale, source de revenus, activité commerçante. Entre Ea Knop et M'Drak, nous nous arrêtons devant de petits auvents de fortune qui s'agglutinent le long de la route. Devant chacun d'eux, des chaudrons fumants dégagent une agréable odeur de maïs bouilli. Des éventaires alignent des rangées d'énormes durians à l'écorce rugueuse. Sur le sol, sont posées des cages en osiers, dans lesquelles une multitude de petites perruches vertes s'époumone en vaines querelles.

    Pas le temps d'accepter le thé vert aimablement proposé : il faut continuer notre chemin, car le temps se couvre et nous craignons que la pluie ne vienne apporter sa contribution aux épreuves de cette journée ! Les nuages s'amoncellent sur les hauts sommets arrondis qui bordent le plateau, et le ciel prend une vilaine teinte cuivrée ! Nous avons à peine le temps d'admirer les pittoresques maisons Ede à l'escalier taillé dans un tronc que déjà les premières gouttes du voyage s'écrasent sur nos casques. Arrêt d'urgence sur le bas-côté ! On enfile en vitesse les áo mua (imperméables), opération délicate, car il s'agit de protéger à la fois les vêtements, les pieds, les mains et les bagages ! Je ne réussis pas à concilier le tout, et je sacrifie les pieds et les mains ! La route, déjà difficile par temps sec, devient franchement périlleuse par temps de pluie ! La prudence s'impose, et pourtant nous voyons encore des motos qui nous doublent en zigzaguant entre les camions et les bus qui passent en trombe ! Le soleil, insensible aux tracas humains, reprend sa place dans le ciel, et, libérés de nos capes de pluie, nous poursuivons notre trajet…

    La route se lance à l'assaut du dèo Phuong Hoàng, col qui ferme la province de Dak Lak et ouvre celle de Khánh Hoà qui abrite Nha Trang. Les nombreuses maisons Edê, devant lesquelles des enfants nous saluent en riant, s'espacent progressivement, et bientôt nous sommes seuls au milieu d'un paysage surprenant. La route trace son chemin parmi des sommets arrondis, couverts jusqu'à mi-pente d'une jungle touffue. Ensuite, les flancs des montagnes sont recouverts de plantations d'arbres sur des centaines d'hectares. Ces jeunes arbres, alignés à perte de vue, me donnent l'impression de circuler dans une gigantesque pépinière. Je suis ébahi par le travail de titan que représente ce reboisement de millions et de millions d'arbustes qui s'étire à l'infini ! Au sommet du col, la jungle épaisse reprend ces droits pour s'éclaircir peu à peu dans la descente et laisser place à une végétation plus clairsemée. Les plantations de maïs réapparaissent autour des dernières maisons Ede que nous verrons. Voici la plaine et les premières rizières ! Un dernier regard sur ces montagnes que nous quittons et qui se diluent déjà dans une brume blanchâtre.

    Nous avons à peine le temps de passer devant la source d'eau chaude Truong Xuân, et déjà nous retrouvons une vieille compagne : la route nationale 1. Après plusieurs jours de voyage sur des routes peu encombrées, nous sommes brutalement assaillis par le flot incessant de toutes sortes de véhicules qui se précipitent vers Nha Trang. Et pourtant, il est 12h00, et nombreux sont ceux qui se sont arrêtés pour le repas ! Cependant, nous retrouvons avec plaisir les allées latérales réservées aux 2 roues qui nous offrent une relative sécurité, comparée à l'herbe et à la boue des fossés qui longeaient notre route depuis Hôi An. Le revêtement de bitume est lisse, et, profitant d'un moment d'accalmie dans la circulation, et d'une ligne droite, sans intersections, ni habitations, nous décidons de "décrasser" un peu nos moteurs en nous octroyant une des rares pointes de vitesse de notre voyage. Finalement, si ma moto est plus puissante que celle de Tuân, le handicap de mon poids, cumulé à celui de mes bagages, ne me donne pas de net avantage sur une si petite distance ! C'est côte à côte que nous ralentissons pour reprendre notre vitesse de croisière avant de pénétrer dans Nha Trang.

    Nos bagages déposés à l'hôtel, nous plongeons dans l'agitation de la ville balnéaire qui nous étourdit un peu après le calme des hauts plateaux du Centre ! Cet après-midi, repos aux heures chaudes, puis promenade à pied et badminton sur le front de mer ! Les motos se reposent. Demain elles repartent à l'assaut des montagnes pour rejoindre Dà Lat…
    (
    À suivre)
    Gérard Bonnafont/CVN
    (28/10/2007)
    Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn/de...REPLY_ID=47925
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  4. #23
    Amoureux du Viêt-Nam Avatar de stephaneSaigon
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    Bonjour
    Merci Bao Nhân pour ce recit a episode, c'est un regal.

    j'ai bien aime le passage du buffet ou l'auteur termine par :

    ...tous ces fauves redeviennent des individus aimables et polis qui me sourient et me souhaitent bon appétit !

    Alors qu'il en est devenu un lui meme (dans une description digne d'un frederic dard)
    qui plus est en allant se resservir. Amusant la perception des choses.


  5. #24
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    Récit du voyage de Gérard et Tuân : 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên
    Dixième journée : Nha Trang - Dà Lat

    Le 29 juillet. À 08h00. Après un dernier regard sur les plages de Nha Trang qui se couvriront de vacanciers adeptes des plaisirs balnéaires, nous filons Sud, en direction de Phan Rang-Tháp Chàm, où nous quitterons la nationale 1 pour monter vers Dà Lat par la route 27. Dès les premiers kilomètres dans la campagne, j'ai une curieuse impression : le paysage du littoral, que nous avions abandonné lors de notre montée vers les hauts plateaux, me semble familier et pourtant il y a comme un subtil changement ! Cependant, les parcs à crevettes alignent les mêmes maisons sur pilotis, l'air est toujours chargé d'iode et de sel, les rizières sont peut-être d'un vert un peu plus terne, mais elles ondulent toujours de la même façon sous le vent de l'aube…

    Un avant-goût tropical
    Franchement il y a quelque chose qui me tracasse, mais quoi ? Et soudain, en admirant les montagnes qui se profilent au loin, à droite de la route, la réponse surgit, évidente ! Là, devant les silhouettes montagneuses, caressés par le souffle léger du vent marin, ils défilent comme à la parade au bord des rizières : les cocotiers ! Ils se dressent fièrement et semblent me narguer : "Alors, tu croyais que tu allais faire un saut entre Dà Nang et Nha Trang, et te retrouver 500 km plus au Sud avec le même paysage ! Tu approches des tropiques mon coco, et donc la flore devient tropicale !". Et comme pour me faire bien comprendre cette évidence géographique, voilà que les premières cultures de mangue apparaissent, suivies dans le lointain de plantation de tabac… J'abdique ! Je dois me faire à l'idée que nous entrons dans le vestibule du delta du Mékong, à la végétation luxuriante !

    Mais, je ne suis pas au bout de mes surprises ! Tuân, qui est devant moi, me fait signe de regarder sur la gauche, et là, je crois être victime d'une hallucination : entre mer et route, des moutons broutent paisiblement une herbe rare et sableuse ! Et même de gras moutons ! J'étais persuadé qu'il n'y avait pas de moutons au Vietnam, et même les vendeuses de mon marché de Hanoi me prennent pour un illuminé quand j'ose leur demander du thit cùu (viande de mouton) ! D'ailleurs Tuân est aussi ébahi que moi, car il s'arrête sur le bas-côté et me dit avec son éternel sourire : "Tu te rends compte, il y a même des moutons !". Une photo des placides ovins pour se convaincre que nous ne rêvons pas, et nous poursuivons notre route dans un paysage pour gourmand et fumeurs !

    Voici Phan Rang-Tháp Chàm, capitale de la province de Ninh Thuân, qui accueillit autrefois le dernier empire Cham. Et, c'est d'ailleurs pour visiter Po Klaung Garai, sanctuaire cham du 13e siècle, que nous décidons d'y faire halte. Mais, avant de s'intéresser à la culture et à l'histoire du Vietnam, nous nous penchons sur sa gastronomie ! Dans une petite gargote au toit de chaume, nous rassasions nos estomacs, humidifions nos gosiers, et vidons nos vessies. Pour cette dernière et prosaïque contingence matérielle, il me faut souligner que je suis toujours surpris de voir avec quelle désinvolture les Viet- namiens se soulager au bord des routes ! Alors qu'en France, pour éviter d'être mis aux fers et objet de l'opprobre publi-que, nous cherchons le bosquet salvateur ou le champ de hauts épis de maïs. Ici hommes, femmes et enfants se délestent de leur trop-plein en pleine nature, sans chercher à se cacher du regard des pas- sants. Pratique d'autant plus curieuse que sur les plages, alors qu'en France on exhibe volontiers tout ce qui différencie l'homme de la femme, ici, les tenues de bain sont plutôt prudes. Ceci pour dire qu'au cours de ce voyage, j'ai toujours préféré prendre mes précautions, même dans les plus infâmes tinettes d'arrière-cour que j'ai trouvé, plutôt que de participer aux nombreuses mictions collectives que j'ai pu doubler sur le bord des routes ! Ces réflexions tombent à pic, puisque c'est devant des sanitaires payants que j'attends Tuân sur le parking de Pau Klaung Garai !

    En effet, notre principal handicap dans ce voyage aura été nos bagages apparents. Quand nous souhaitons nous arrêter en cours de route pour visiter un endroit qui nécessite de s'éloigner de nos motos, nous ne pouvons pas le faire ensemble, sous peine de laisser nos bagages sans surveillance ou bien passer notre route. C'est donc à tour de rôle que nous visitons les sites intéressants. Aujourd'hui, la courte paille a désigné Tuân pour la visite, et moi pour la garde des motos sous un figuier famélique en face de sanitaires publics ! Pendant la demi-heure où Tuân prend sous tous les joints les vénérables pierres, les peintures et les sculptures chams, moi je nettoie les phares, resserre les rétroviseurs, regonfle les pneus (nous avons une pompe à pied !), si bien que ce sont des motos requinquées et bichon-nées qui reprennent la route de Dà Lat. C'est une route en piteux état, de 100 km, qui nous fait escalader les 1.500 m de dénivelé entre le littoral et Dà Lat.

    Un arrière-goût alpin…
    Malgré les cahots de la route, nous prenons le temps d'admirer, en traversant les villages, les nombreuses pagodes qui ressemblent à des églises, et les nombreuses églises qui ressemblent à des pagodes ! Curieux syncrétisme religieux architectural ! Bientôt la route devient très raide et sinueuse. Pendant plus de 20 km, nous allons croiser, tantôt dessus, tantôt dessous, l'imposante conduite forcée qui alimente la centrale hydroélectrique de Tan Son.

    Le paysage devient franchement alpins : forêt de feuillus et de pins sylvestres qui s'entrelacent, en laissant apparaître des torrents qui cascadent sur les rochers. Heureu- sement, elle est peu fréquentée par les camions, et hormis quelques bus touristiques, nous ne la partageons qu'avec de rares motos, préoccupées comme nous à éviter les innombrables "nids de poules" qui lui donnent un air de champ de bataille ! Juste avant le col Song Pha, dans un virage, la vue est fabuleuse. Le regard embrasse toute la plaine jusqu'à la mer. D'ailleurs les touristes ne s'y trompent pas, car 3 cars ont déjà déversé leur cargaison de vacanciers qui s'extasient dans toutes les langues. Dommage que le temps soit chargé et nous masque une partie de ce panorama grandiose.

    Au sommet du col à 1.000 m d'altitude, des cabanes de fortune abritent des familles qui proposent des ananas, des noix de coco et des cristaux de pierre polis. Nous nous arrêtons pour profiter des hamacs mis à disposition des voyageurs. Une tasse de thé vietnamien à la main, mollement bercé par un lent mouvement de tangage, je manque m'endormir ! Après les félicitations d'usage de nos hôtes, nous emmenons nos motos gravir le second col, 500 m plus haut. La route est encore pire, car elle est de moins en moins fréquentée, une nouvelle route venant de s'ouvrir. Qu'importe, le paysage est d'une beauté sauvage qui nous fait oublier la musculation forcée de nos épaules et de nos fessiers ! Juste après le col, dit des Français, un petit village me donne le sentiment que nous sommes en France : mêmes maisons aux toits de tuile et aux fenêtres à croisées, mêmes jardins alignant laitues et carottes, mêmes tracteurs garés dans les fermes ! Seuls les "nons" des paysans me rappellent que je suis au Vietnam ! En arrivant sur le plateau à proximité de Dà Lat, nous sommes accueillis par d'immenses plantations de thé en terrasse, puis, juste avant la ville, par une profusion de serres qui annoncent la couleur : Dà Lat, c'est le potager et le jardin horticole du Vietnam !

    Il pleut ce soir sur Dà Lat. Un parapluie pour 2, nous déambulons sur le mail en face de notre hôtel, à 2 pas du marché couvert qui nous offre une orgie de fruits, légumes et fleurs à faire pâlir n'importe quel maraîcher breton ! Et c'est sous un crachin digne de la même région que nous nous endormons, à 1.500 km de Hanoi !

    (À suivre)
    Gérard Bonnafont/CVN

    Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn/de...REPLY_ID=48092
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  6. #25
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    Récit du voyage de Gérard et Tuân : 2.500 km en moto de Hanoi à HCM-Ville, par le Tây Nguyên
    Onzième journée : Dà Lat-Hô Chi Minh-Ville
    Le 30 juillet. À 08h00. Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, et nous allons faire une longue étape de 300 km entre Dà Lat et Hô Chi Minh-Ville. Hier soir, mon père m'a appelé de France pour me souhaiter un bon anniversaire. Depuis mes 20 ans, il est toujours en avance d'une journée, mais je ne lui en veux pas ! Lorsque je lui ai dit que j'étais à Dà Lat et que j'allais rejoindre Saigon de son enfance en moto, il m'a donné une belle leçon d'humilité en me disant que lorsqu'il avait 15 ans et qu'il était élève au lycée Alexandre Yersin à Dà Lat, il faisait la route en vélo une fois par trimestre ! "À l'époque, on mettait 2 jours pour descendre et 3 jours pour remonter. Et il y avait des éléphants sauvages sur la piste. Quand ils étaient endormis, on attendait qu'ils se réveillent pour passer !". Soixante-quatre ans après, je refais la même route, mais en moto. D'éléphants sauvages point, en revanche beaucoup de bus et de camions, éléphants modernes, avec lesquels il s'agit de ne pas s'endormir !

    Petite séparation…
    Le départ de Dà Lat se fait dans un cadre idyllique : les pinèdes qui bordent la route exhalent un frais parfum de résine, les sapins et les mélèzes strient de vert sombre, le vert tendre des feuillus et l'on entend, derrière le souffle du vent, le bruit des cascades qui s'écoulent dans les vallons. Le paysage est tellement beau que nous nous arrêtons pour le contempler. Pendant que Tuân prend des photos, je me rapproche d'un point de vue. Mal m'en prends ! Masqué par un bus à l'arrêt, je ne vois pas Tuân repartir et j'attends quelques minutes, espérant qu'il me rejoigne. Après 5 minutes, un doute me prend et je retourne à l'endroit où j'avais laissé Tuân derrière son appareil photo. Plus de Tuân ! Il est devant, me dis-je, et dans quelques kilomètres, ne me voyant ni devant lui, ni dans son rétroviseur, il va s'arrêter et m'attendre. Je reprends donc la route avec tout de même une curieuse impression de solitude ! Non que j'ai peur d'être seul sur la route, mais depuis toujours, Tuân et moi faisons équipe dans nos randonnées.
    Dans ce long voyage particulièrement, nous veillons l'un sur l'autre. Par des codes de phares, de coups de freins, de clignotants, de coups de klaxons, de gestes de la main, connus de nous seuls, nous nous avertissons mutuellement des dangers de la route que l'autre n'aurait pas vu. Chacun à tour de rôle, nous jouons le rôle d'ouvreur ou de suiveur. Celui qui est devant ouvre la route, prévient des obstacles, signale dans les virages l'intrus qui se déporte trop, cherche les haltes propices… Celui qui est derrière vérifie le chargement du précédent, prévient de l'arrivée inopinée d'un véhicule sans avertisseur… En cas de pépin mécanique ou corporel, nous savons que nous pouvons compter l'un sur l'autre. L'autre matin, c'est moi qui a pansé le pied de Tuân, légèrement blessé par une béquille récalcitrante, et l'après-midi, c'est lui qui a soigné, sur le bord de la route, un démarreur fatigué ! Grâce à cette solidarité sans faille, nous nous sentons toujours en sécurité. Et j'ajouterai que sans Tuân, surtout dans le Sud, ma capacité à échanger en vietnamien avec les gens du cru est sérieusement édulcorée !

    Bref, je me sens un peu orphelin, mais me rassérène rapidement en me disant que nous sommes encore reliés par téléphones portables. Lien que je fais fonctionner après une dizaine de kilomètres parcourus à allure soutenue, sans voir de Tuân à l'horizon. Las ! Pas de réponse ! Je réitère plusieurs fois ! Rien… Je recommence quelques kilomètres plus loin. Toujours rien ! Une sourde inquiétude me fais penser que, peut-être, il a pu lui arriver quelque chose. Optimiste par nature, je n'envisage pas le pire, mais j'aimerai bien quand même avoir de ses nouvelles. À la troisième tentative, j'entends sa voix à travers des crachotements : "Où es-tu ?". Je regarde la bannière d'un magasin devant lequel je suis arrêté : "Liên Nghia !" "J'arrive, attends moi !" Moto sur la béquille, je prends la position du xe ôm au repos et j'attends mon Tuân pendant une demi-heure. Retrouvailles, explications : Tuân me croyait devant lui, puis ne me voyant pas il a fait machine arrière, et en voulant téléphoner, il a fait tomber son téléphone qui s'est éparpillé sur la chaussée. Il a réussi à ramasser les morceaux et à reconstituer un appareil… potable ! Sans nous voir, nous nous sommes croisés, et il était presque revenu à Dà Lat quand nous avons réussi à nous joindre ! Il aura fait 60 km de plus que moi pendant notre voyage ! L'équipe ressoudée, nous repartons en direction de Hô Chi Minh-
    Ville…

    Gros coup de fatigue !
    Après la ville de Bao Lôc, nous apercevons quelques membres de la minorité Ma, portant leurs corbeilles sur le dos au milieu de vastes plantations de thé et de culture de mûriers, destinés à l'élevage de ver à soie. C'est entre Bao Lôc et Dinh Quan qu'arrivent coup sur coup 3 incidents qu'il nous faut prendre aux sérieux. Lors d'une halte à un poste à essence, ma moto se penche sur le côté et je me laisse emporter. La chute est sans gravité, car je me rattrape à temps pour éviter de toucher le sol, mais pour moi c'est un signe de fatigue.

    Cinquante kilomètres plus loin pris dans un violent orage, nous décidons de nous abriter sous l'auvent d'un vendeur de hamburger. En montant une légère déclivité qui mène sur un sol de ciment, je dérape et je chute lourdement, heurtant le sol avec mon genou, moto couchée sur moi. Les dégâts sont minimes et vite réparés : rétroviseur redressé, et poche de glace puis arnica sur le genou. Une heure plus tard, je n'aurais plus mal ! Cependant, ceci est un avertissement : une fatigue insidieuse s'installe après plus de 2.000 km en moto et nos réflexes diminuent. Je dis nous, parce que Tuân à évité, de justesse, une chute de débutant, quelques kilomètres auparavant, en glissant sur le bas-côté de la route !

    Il est temps que nous arrivions ! Passés les étranges formations volcaniques de Dinh Quan sur le bord de la route, nous traversons l'embouchure de la La Nga qui se jette dans le gigantesque lac Tri An, et nous retrouvons, une fois encore, la route nationale 1 qui nous conduit vers Hô Chi Minh-Ville, sous une pluie fine et persistante. Très vite la circulation devient infernale, les motos se frôlent, les camions et les bus dressent de véritables murs d'acier qui nous encadrent dangereusement. Cinquante kilomètres avant la ville, c'est déjà la ville ! Zones industrielles, immeubles, centres commerciaux, usines, entrepôts… Nous sommes bien loin de la sérénité de la vallée de l'Amour, là-haut, à Dà Lat, ou de la sauvage solitude de la piste Hô Chí Minh, là-bas, sur les hauts plateaux du Centre ! C'est dans un monde de tôle, de gaz d'échappement et de klaxons tonitruants que nous arrivons trempés, couverts de boue, et éreintés dans la plus grande ville du Vietnam !

    Un ami de Tuân nous attend à l'entrée de la ville. Il nous pilote jusqu'à une guest house dans une petite impasse de la rue Lê Thánh Tông. La logeuse doit se demander de quelle jungle viennent ces 2 aventuriers qui dégoulinent sur la moquette de la réception ! La douche brûlante est un véritable délice ! J'ai à peine le temps d'apprécier le buffet dans un restaurant gastronomique voisin que la fatigue me tombe dessus. Fourbu, je rentre à l'hôtel. Sur mon chemin, devant un "café", de très charmantes personnes me proposent les plus doux moments ! Je décline leur offre. De toute façon, même si je le voulais, dans l'état où je suis, je donnerais une bien piètre opinion du "latin-lover" ! Je vais dormir… Demain est un autre jour !

    (À suivre)
    Gérard Bonnafont/CVN
    (11/11/2007)

    Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn/de...REPLY_ID=48261


    Récit du voyage de Gérard et Tuân : 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên
    Douzième journée : HCMV - My Tho – HCMV
    Le 31 juillet. Une bonne nuit de repos, et nous sommes d'humeur à prolonger un peu notre voyage, en faisant une incursion dans le delta du Mékong. Entre 2 "baguettées" de pho, nous décidons que My Tho est une excellente destination qui nous permettra de rentrer à Hô Chi Minh-Ville le soir. Cette fois, nous ferons la route sans nos bagages qui resteront à l'hôtel. J'avais tellement l'habitude de sentir, dans mon dos, mon sac qui me servait de dossier à l'occasion, que je me sens un peu orphelin, quand j'enfourche ma moto. Par contre, faire le plein d'essence sera un plaisir.

    En effet, pendant tout notre périple, tous les 150 km à 200 km, nous avons dû répéter inlassablement la même opération : détacher les tendeurs, descendre le sac, ouvrir la selle pour accéder au réservoir, refermer la selle, remonter le sac, retendre les tendeurs, et de plus, je devais enlever et remettre mes sacoches à cheval sur ma selle. Et bien aujourd'hui, voyageons légers ! Autre avantage à cet allègement, nous gagnons en maniabilité de la moto à vitesse lente, et cela nous est fort utile dans les embouteillages de la trépidante Hô Chi Minh-Ville.

    En route vers le Mékong…
    En effet, dès que nous plongeons dans la circulation, ce ne sont que ralentissements, coups de freins, accélérations, décélérations… Nous devons, tels des thons dans un banc entier de poissons, suivre impérativement les flux, reflux et méandres inopinées du flot de véhicules, sous peine d'être rejetés impitoyablement sur les côtés. C'est dans cette ambiance de sardines en boîte que nous arrivons à nous extraire de la ville pour retrouver notre toujours vieille compagne : la route nationale 1. Il nous faudra cependant faire encore 50 km sur les 70 km qui nous séparent de My Tho pour être vraiment "à la campagne", et rouler sur une route à peu près calme. Nous pouvons enfin profiter un peu plus du paysage que nous offre la luxuriance du delta du Mékong : cocotiers, bananiers, mangoustaniers s'alignent en ribambelle le long des rizières opulentes. Il fait beau, et l'air embaume de senteurs fruitées. Curieusement, les bus et les camions se font rares et nous pouvons goûter amplement cet air vivifiant. Les poumons oxygénés et l'âme cham-pêtre, nous arrivons à My Tho.

    À l'entrée de la ville, petit arrêt dans un temple caodaïste dont je ne connais la religion que par les lectures que j'ai pu en faire. Au premier abord, j'ai l'impression d'être dans une pagode, et il faut détailler le statuaire, les peintures et les symboles pour en comprendre la spécificité. En outre, nous avons la chance d'assister en partie à un office religieux, ce qui, pour le sociologue que je suis, est une aubaine intellectuelle ! Après cette pause spirituelle, nous atteignons les rives de "Monsieur" le Mékong ! Majestueux, conscient de sa force puisée aux confins de l'Himalaya, il achève ici le long, très long voyage qui lui a fait traverser la moitié de l'Asie. Moins rouge que son frère du Nord, il charrie cependant les mêmes arbrisseaux tombés de ses rives et roule la même écume vers la mer toute proche. Et pourtant, nous ne sommes que sur un de ses bras, le Tiên Giang ! Respect "Monsieur" le Mékong.

    C'est donc respectueusement que nous affrétons un bateau de transport local pour traverser le fleuve, en direction de l'île Thoi Son. Les rives déroulent le spectacle de villages sur pilotis, de péniches et bateaux de commerce, dont les coques couvertes de coquillages, laissent imaginer qu'ils sont amarrés là pour l'éternité ! Notre embarcation se faufile entre les nombreuses dragues qui oeuvrent dans le lit du fleuve, évite prestement quelques énormes transporteurs cornant à pleine sirène, flirte avec les piles du pont en construction qui doit relier prochainement les 2 rives du Tiên Giang, et atteint le rivage de l'île. À peine le pied posé à terre, nous nous retrouvons en pleine forêt tropicale : moiteur, touffeur, senteurs, bruits étouffés… On s'attend presque à voir surgir un tigre ! Mais, après quelques pas, en fait de fauves, nous sommes accueillis par le sourire agréable et séduisant des serveuses du restaurant de plein air, situé à proximité du débarcadère.

    Supplice tropical !
    Entre bananiers et manguiers installés dans des chaises en osiers, dégustant des poissons aux oreilles d'éléphants suivis d'une fondue vietnamienne aux fruits de mer, et de bananes fraîches, bercé par le gazouillis des serveuses qui veulent absolument m'entendre parler vietnamien, et conforté par la chaleureuse amitié de Tuân, je sais maintenant ce qu'est le Paradis Terrestre, ou le Nirvâna, selon…! Ce que je ne sais pas, c'est que l'Enfer, c'est la porte à côté ! Et pour moi, ce jour-là, l'Enfer, c'est le supplice des fruits tropicaux ! En effet, ce que Tuân et moi ignorions, c'est que, en prenant notre billet de traversée, nous avions acheté : la traversée, une dégustation de fruits tropicaux et une balade guidée dans l'île et ses mangroves. Et dès la fin du repas, la jeune femme, qui nous avait accompagnés dans le bateau lors de la traversée, réapparaît et nous conduit à un second restaurant situé à 20 m. Là, elle nous intime l'ordre de nous asseoir à une table, sur laquelle arrive, avant que nous ayons pu reprendre notre souffle, une somptueuse assiette de fruits : mangues, fruits du dragon, ramboutans, mangoustans, papayes, ananas, pastèques…!

    Si vous avez lu les lignes précédentes, vous savez ce que contient déjà notre estomac ! Si vous vivez au Vietnam, vous savez ce qu'est la politesse et l'insulte que vous faites lorsque vous refusez ce que l'on vous offre ! Mais si vous n'avez jamais été à ma place, alors vous ne savez pas quel supplice, Tuân et moi avons dû subir, à ingurgiter, au détriment de notre équilibre gastro-intestinal, autant de fruits, forts succulents par ailleurs ! Front en sueur, estomac ballonné, achevés par une copieuse tasse de thé vert, nous nous remettons entre les mains ou plutôt les pas de notre guide qui décide de nous faire visiter l'île. Très vite, cette promenade se transforme en une visite de tous les vendeurs de souvenirs, bonbons et autres gourmandises, judicieusement répartis sur le parcours ! Mon côté rebelle finit par se manifester, et gentiment mais fermement, j'exprime ma forte envie de prendre des sentiers bordés de pruniers, de manguiers et de longaniers qui s'ouvrent à nous mais que notre charmant guide semble ignorer ! D'ailleurs, je n'attends pas sa permission pour m'y engager. Après quelques secondes d'expectative vis-à-vis de ce curieux étranger qui parle sa langue et qui ne veut pas se promener comme les autres, notre guide, résignée, m'emboîte le pas en priant ses ancêtres que je n'aie pas trop d'idées originales pour ne pas la mettre dans l'embarras !

    Quelle merveilleuse flânerie entre les arbres fruitiers centenaires, les maisons aux toits de tuiles et de chaume, les jardins de bonsaïs hors des chemins battus, et les sourires de notre guide avec qui Tuân et moi plaisantons pour détendre l'atmosphère ! Pour me réconcilier définitivement avec elle, j'accepte une promenade en barque dans les mangroves. Mini croisière hors du temps, glissant silencieusement sur l'eau calme des canaux sous la voûte végétale. Tout est si paisible que nous nous taisons naturellement pour ne pas troubler la sérénité de l'instant… La traversée vers My Tho se fait comme dans un nuage, encore pénétrés que nous sommes de ces instants magiques. Mais la route nationale 1 se charge de nous en faire payer le prix : nous retournons vers Hô Chi Minh-Ville comme nous en sommes venus : murs de tôles en mouvement, mufles de camions, gaz des pots d'échappements, flot inte-nse de motos, klaxons… Ouf ! Voici l'hôtel ! Repas au grand marché de Saigon, à 2 pas, puis au lit… Demain on rentre à la maison !

    (À suivre)
    Gérard Bonnafont/CVN
    (18/11/2007)
    Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn/de...REPLY_ID=48437

    Récit du voyage de Gérard et Tuân : 2.500 km en moto de Hanoi à Hô Chi Minh-Ville, par le Tây Nguyên
    Treizième journée : HCM-Ville - Hanoi… par avion
    Le 1er août. Aujourd'hui nous retournons à la maison en… avion ! Nous aurions bien refait le trajet en sens inverse, mais nous ne disposons pas du temps nécessaire. Alors, pour la première fois depuis 12 jours, nous nous séparons de nos fidèles motos et nous leur offrons le train pour rentrer chez elles ! Leurs vaillants petits moteurs de 110-120 cm3 ne nous ont jamais lâchés, et pourtant nous les avons fait souffrir : chaleur, nids de poules ou d'éléphants, pluie, boue, sable… Pas une seule fois nous n'avons crevés, et hormis ma courroie, nous n'avons eu que des incidents mécaniques mineurs qui auraient aussi bien pu nous arriver à Hanoi, à 2 pas de la maison. Alors vous pensez bien qu'on les chouchoute, les cocottes ! On les emmène à la gare de Saigon pour les confier aux chemins de fer nationaux qui cette fois les acceptent. Réservoir entièrement vidé, soigneusement emmaillotées dans du papier et du carton, nos précieuses motos mettront 3 jours pour rentrer au bercail.

    Querelle au marché…!
    Elles ne seront pas seules à faire le voyage, puisque le matin même, Tuân et moi, nous sommes rendus au grand marché pour y remplir un plein carton de ramboutins et mangoustans, qui part également par le train. À cette occasion, j'ai, pour la première fois depuis que je vis au Vietnam, eu la possibilité d'expérimenter mon flegme face à la vindicte sauvage d'une marchande. En effet, pendant que Tuân négociait les prix de quelques dizaines de kilos de fruits, je déambulais entre les éventaires, m'arrêtant pour contempler la profusion de fruits de tous genres. Une marchande me hèle et me propose de me vendre tour à tour, pommes, ramboutins, mangues… Moi de mon côté, je lui explique que je n'est pas l'intention d'acheter puisque mon ami s'en charge ailleurs. Dès lors cette dame, apparemment normale, se transforme en une mégère qui me dit, dans une langue verte (que je manie aussi, grâce aux leçons de Tuân !), d'aller me faire voir ailleurs, de ne pas rester devant son étalage, ajoutant même qu'un étranger n'a rien à faire ici, le tout agrémenté de quelques remarques bien senties sur ma santé et mes ancêtres ! L'algarade attire l'attention des autres marchandes, aussitôt prises à témoins par la mégère pas du tout apprivoisée ! Moi, profitant de ce qu'elle me tourne le dos pour s'adresser à son public, je fais des mimiques et des gestes montrant que je comprends ce qu'elle dit, que je m'en fiche totalement, et que si je n'achète pas de mangues, c'est parce que je suis fourni en la matière, laissant planer le doute sur le genre d'organes dont je dispose et qui peut se comparer à des mangues !!!

    Humour vietnamien typiquement populaire qui met les rieuses de mon côté, et qui, très vite quand elles s'aperçoivent que je parle vietnamien, interviennent pour prendre ma défense. Ne voulant pas troubler l'ordre public, j'assure que tout cela n'est rien, qu'il est inutile de s'envoyer des papayes à la figure, et je m'éclipse sous les applaudissements pour rejoindre Tuân, ignorant tout de cet incident. Mon moral n'a pas été entamé par tout ceci, et c'est de bon appétit que je partage avec Tuân le dernier repas de notre voyage. Lequel Tuân, me prouve encore l'esprit d'à-propos des Vietnamiens : depuis une heure je suis inquiet quant aux délais nécessaires pour traverser Hô Chi Minh-Ville, et arriver à l'aéroport. Tuân m'assurant qu'il est inutile de s'inquiéter, que l'aéroport est beaucoup plus près de la ville que celui de Hanoi, je tente de me décontracter.

    Quarante-cinq minutes avant le vol, nous prenons un taxi qui met 40 minutes pour parcourir quelques kilomètres au milieu d'embouteillages monstrueux ! Je vois déjà l'avion partir et nous contraints de prendre le suivant… Tuân manifeste quand même un peu d'inquiétude en me disant : "Vraiment à Hô Chi Minh-Ville, il y a plus de voitures qu'à Hanoi, n'est-ce-pas !" Ça oui, on s'en était déjà aperçu ! En 10 minutes, on s'éjecte du taxi, on se précipite à l'enregistrement, alors que nos noms sont appelés au haut-parleur, on traverse les rayons X, on se propulse dans le tunnel d'embarquement, et on s'installe dans nos sièges au moment où l'avion commence son trajet sur le tarmac ! Et Tuân me dit simplement : "Tu vois, je t'avais dit de ne pas t'inquiéter !". Que voulez-vous répondre à cela ?

    Retour à la maison !
    Pendant le vol, nous regardons par le hublot et nous voyons défiler, en 2 heures, les 2.500 km que nous avons fait en 11 jours. À travers la brume, nous devinons le littoral qui s'étire face à la mer, au loin les montagnes des hauts plateaux du Centre nous paraissent minuscules. Nous reconnaissons Nha Trang et ses plages, puis Dà Nang et ses montagnes de Marbre, Huê l'impériale, et là le promontoire du Hoàng Son, entre Tonkin et Annam, voici le delta et ses rizières, et au loin Hanoi qui se dresse fièrement le long du fleuve Rouge. Dans mon siège, je repense à tout ce voyage à travers le Vietnam. Outre des épaules de déménageur et un bronzage de routier, j'en rapporte une extraordinaire histoire d'amour avec ce pays. Mes souvenirs déjà s'entremêlent pour former une fresque d'images et de sensations : sympathie des personnes rencontrées sur notre chemin, sincère intérêt pour l'étranger que je suis, sourires enchanteurs de ces femmes magnifiques que sont les Vietnamiennes, regards fiers et chaleureux d'hommes courageux qui construisent le pays jour après jour, paysages splendides et sauvages des hauts plateaux du Centre, vie intense et trépidante du littoral… Dans ce voyage, j'ai senti l'âme de ce pays qui m'a adopté et que j'aime intensément. Seule ombre à ce tableau, le comportement des Vietnamiens sur la route qui souvent confondent fierté et inconscience. Combien faudra-t-il de morts pour que la route soit toujours belle au Vietnam ?

    Pour lors mes pensées vont ailleurs… Je suis dans le bus qui me ramène à la maison. Le sac sur l'épaule, je pénètre dans ma ruelle. Les voisins me saluent, les ouvriers du chantier proche m'interpellent. Un signe de la main, un sourire, et déjà je suis devant chez moi. J'ouvre la grille et aussitôt une tornade de 2 ans et demi se rue sur moi : "Papa oi ! Papa oi !" Mon sac est au sol, ma fille m'escalade, me monte sur les épaules, me couvre de bisous… Sa mère apparaît. Je les regarde toutes 2 : leurs yeux ont la couleur des nuits des hauts plateaux, leurs sourires ont la blancheur des plages du littoral… Elles ont la grâce et la légèreté des filles de ce pays, elles en ont aussi la force et la volonté ! Je sais qu'au même instant, Tuân vit la même chose avec sa femme et ses 2 filles… La fatigue me tombe dessus, je me laisse dorloter !
    Il y a bien longtemps que le Vietnam a pris mon cœur !

    PS : Nous irons chercher nos motos à la gare de Hanoi, 3 jours plus tard, ce qui me permettra de vérifier le fameux concept d'adaptation dont je vous ai fait part lors de mon départ : à Hô Chi Minh-Ville, pour des raisons de sécurité, la gare avait vidangé nos réservoirs et nous devions obtenir de l'essence à la gare de Hanoi pour ressortir nos motos. À la gare de Hanoi, d'essence point : il n'y en aura plus ! Le seul vendeur à quelques mètres de la gare n'aura pas envie de nous en vendre ! Nous nous adapterons en poussant nos motos sur 200 m, avant de trouver une bouteille sur le trottoir !
    Vietnam je t'adore !
    Gérard Bonnafont/CVN
    (25/11/2007)

    Source : http://lecourrier.vnagency.com.vn/de...REPLY_ID=48610
    Bảo Nhân : fascination, impression and passion

  7. #26
    Amoureux du Viêt-Nam Avatar de pure_paul_spoon
    Date d'inscription
    octobre 2007
    Localisation
    Jungle Beach Vietnam
    Messages
    673

    Par défaut

    Pas une seule fois nous n'avons crevés





    A tous les gars qui crevent quatre fois par jour à Saigon...
    Le secret de Gerard et de Tuan pour ne jamais crever.
    Pour les professionnels de la profession:c'est du Yokohama.

  8. #27

  9. #28
    Habitué du Việt Nam Avatar de SuperMoine
    Date d'inscription
    novembre 2005
    Localisation
    Bussy St Georges
    Messages
    269

    Par défaut

    C''est vraiment un très bon récit, plaisant à découvrir et à lire ! Dommage que cela s'arrête, j'en redemande !
    Merci pour ce post Bao Nhan

  10. #29
    Nouveau Viêt Avatar de con meo
    Date d'inscription
    novembre 2006
    Messages
    38

    Par défaut

    merci de rassembler tout le recit de gerard et de tuan.
    J'avais raté quelques episodes .
    J'ai adore.
    Les images defilaient pendant que je lisais.
    Gerard, bien que marie reste tres sensible a la femme vietnamienne.
    Le vietnam en moto même quelques jours, c'est super.

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