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Répondre à : mémoires d’ Anciens

#80205
thuong19
Participant

    Suite à un stage imprévu de Thin à l’hopital (pas en tant que stagiaire médecin ), j’ai du interrompre son récit . Je le reprends aujourd’hui.

    Quand nous sommes revenus à Marseille en 1942, la vie du camp avait changé. Nous étions installés au camp de Mazargues qui se trouvait à Marseille près du stade Vélodrome.
    (ce camp a été rasé, et avec le camp Colgate, c’étaient 2200 travailleurs indochinois qui se trouvaient à Marseille ).
    Certains avaient du travail, les autres ne faisaient rien.Affecté au garage j’étais chargé avec des camarades, de la manutention pour décharger les camions de ravitaillement du camp. Puis ayant passé mon permis, j’eus le privilège de conduire les camions de ravitaillement.
    Un « restaurant central » préparait les repas (cuisine française faite par des Viêtnamiens du camp), et nous allions chercher à tour de rôle les rations pour 10 personnes.On mangeait dans nos baraquements, on jouait aux cartes, on ne faisait rien de la journée ; sauf ceux qui avaient un travail, nous n’étions pas autorisés à sortir du camp.
    C’est à cette époque que nos cadres français repartaient du camp avec des sacs de victuailles qu’ils prenaient au magasin pour les vendre au marché noir.
    A la fin de la guerre, en 1945, avec le rétablissement des relations maritimes, les rapatriements vers le pays natal reprirent.
    (les rapatriements qui avaient débuté en Janvier 1941 s’étaient interrompus en septembre 1941, plus aucun bateau n’assurait la ligne avec l’Indochine pendant la guerre).
    Ce sont d’abord ceux qui parlaient français et ceux qui avaient de l’instruction qui partaient en priorité.Puis ceux qui étaient chargés de famille.
    En 1946 Ho Chi Minh nous rendit visite au camp. Il nous exhorta de rentrer au pays natal.
    (A cette époque, les relations entre le Viêtnam ,proclamé indépendant en 1945 , et le pays colonisateur la France ne sont pas bonnes.
    Ho chi Minh après la conférence de Fontainebleau s’adresse aux travailleurs réquisitionnés en ces termes
    )

    Quote:
    « Travailleurs, mes chers compatriotes.
    En accord avec les représentants du Gouvernement Français concernant votre rapatriement il est décidé comme suit :
    1) Tous, vous devrez être vaccinés contre les maladies épidémiques.
    2) Vous serez sous les ordres de vos délégués élus par vous.
    3) Vous serez considérer à bord, dans les mêmes conditions de vie que les autres passagers.
    4) Vous avez le droit d’emporter avec vous 50 kilos de bagages, sans compter le poids des accessoires et outils professionnels pour lesquels vous bénéficierez de la franchise des Douanes.
    5) Vous toucherez chacun : avant le départ, le pécule et pendant la traversée, votre allocation journalière par grade, plus une indemnité journalière uniforme de 60 f. payées à l’arrivée avant le débarquement. »

    Dans le camp, des travailleurs commencent à s’organiser ; syndicats pour revendiquer une meilleure vie, groupes politiques pour demander l’arrêt de la guerre d’Indochine qui débutera en 1946. Nous n’étions plus consignés à l’intérieur du camp. Mais parfois des CRS (police qui venait d’être créée) nous interdisaient de sortir pour nous empêcher d’aller dans les nombreuses manifestations avec les autres travailleurs français .
    Les « meneurs » repérés furent en priorité rappatriés. Arrivés sur le sol natal, bon nombre d’entre eux seront jetés en prison.
    Dans le camp, tous les jours il y avait des discussions politiques. Une bagarre entre trotskystes et communistes fit même des morts en Mai 1948.Mais la plupart d’entre nous, nous souhaitions l’indépendance du Viêtnam et la fin de la colonisation.
    On nous offrait le choix, de retourner au pays,ou de rester en France.
    Le retour au pays sera pris en charge par la France jusqu’en 1951.Ceux qui voudront retourner au pays après cette date le feront à leur frais.
    Mon ami (qui avait de l’argent) me repaya un nouveau permis : le transport en commun en 1948.
    C’est cette année là que je fus libéré ; je n’avais plus de famille au Viêtnam.Quand je suis parti en 1939 mon frère et mon père étaient déjà morts, il ne restait que ma mère. Elle était décédée en 1942.
    Dans mon village, on crevait de faim. On se nourrissait d’un peu de riz et de manioc. La viande était trop chère et le poisson qu’on mangeait était celui que je pêchais.
    L’école était payante je n’ai pas pu y aller.
    Au camp à Marseille, un Nord Viêtnamien de Hanoï devenu ami, et qui parlait français et lisait les caractères chinois m’a appris à lire et à écrire pendant 3 ans. Lui, il avait choisi de repartir, il avait à faire pour son pays
    Je pris la décision de rester en France, et dans ma compagnie partie en 1939 des plages de Tourane, nous n’étions que 5 à faire ce choix pour devenir Viêt Kieu….