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Discussion: La Franc-Maçonnerie mère du colonialisme

  1. #91
    Le Việt Nam est fier de toi Avatar de Buuhoa
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    Par défaut Henriette BUI, une amie de ma mère...

    Citation Envoyé par Yakirichau Voir le message
    Voici deux personnages qui appartiennent désormais à l'histoire: ma bellle mère Dr Henriette Bui Quang Chieu, première femme Vietnamienne à devenir médecin et mon père Nguyen Ngoc Bich qui fut sauvé par ses ennemis de combat mais camarades de l'Ecole dont il était issu. Il faut signaler que M. Bui Quang Chieu, le père du Dr Henriette Bui Quang Chieu, et M. Vuong Quang Nhuong, son mari, étaient tous les deux franc maçons .

    C'est un extrait du discours que j'ai prononcé hier aux funérailles de ma belle mère.


    " Née à Hanoi le 8 septembre 1906, Henriette Bui Quang Chieu est issue d'une famille prospère du Sud Vietnam.

    Son père, Bui Quang Chieu, fut parmi les premiers à obtenir une bourse d'études en France. Diplômé de l'Institut national d'Agronomie en 1887, il fut nommé Ingénieur agronome dans les services agricoles de l'administration française en Indochine. Fondateur du Parti Constitutionnaliste et d'un journal, La Tribune Indochinoise, il militait pour une voie réformiste excluant tout recours à la violence armée. Son activisme politique fut cependant regardée d'un mauvais oeil par l'administration coloniale qui le considérait comme un dangereux nationaliste et même un révolutionnaire. Pourtant, aux yeux des communistes vietnamiens, il restait un fervent partisan de la collaboration avec le Français. Il finira par être assassiné par le Viêt-Minh avec ses enfants males.

    Henriette Bui Quang Chieu commença ses études primaires et secondaires à l'Ecole Primaire Supérieure des Jeunes Filles de Saigon puis au lycée Marie-Curie. Dotée d'une intelligence vive mais de caractère très dissipée - elle avoue avoir constamment zéro en conduite - elle finit par se faire renvoyer du lycée. En désespoir de cause, son père l'envoya à 15 ans continuer ses études en France. Henriette débarqua en France en 1921, terminait ses études secondaires au lycée de Bordeaux puis commença des études de médecine à Paris en 1926. En ce temps-là, même en France, les femmes qui accédaient à l'enseignement supérieur étaient encore très peu nombreuses,
    plus rares encore étaient celles qui poursuivaient des études de médecine.

    Ses dix ans d'études supérieures et d'internat dans les hôpitaux de Paris lui ont permis d'acquérir une précieuse compétence professionnelle ainsi qu'un fort esprit d'indépendance et une grande faculté d'adaptation. Elle revint au Vietnam en juin 1935, accueillie comme une héroïne, étant la première femme vietnamienne à être médecin, formée de surcroît dans une prestigieuse université de la puissance coloniale.

    Néanmoins, nommée médecin-chef à la maternité régionale de Cholon, elle fut bientôt confrontée à une sournoise discrimination raciale de la part de ses supérieurs et collègues. La plupart des Français servant dans les colonies, se souvient-elle, avaient une mentalité très colonialiste, pour ne pas dire raciste. Ils ne se mélangeaient pas avec les "indigènes", même si ceux-ci possédaient la nationalité française, même si certains faisaient partie d'une élite hautement qualifiée, formée dans les meilleures écoles supérieures françaises.

    Sa première conversation avec son chef de service à l'hôpital fut surréaliste. "Vous vous habillerez à la française", lui dit-il. Elle lui demanda pourquoi.
    -"Pour qu'on vous respecte".
    Elle répondit : -"Non, je m'habillerai justement à la vietnamienne pour que les gens sachent me
    respecter".
    - On va vous prendre pour une sage-femme, lâcha-t-il en conclusion. Alors que jusque-là elle
    s'habillait toujours à la française, elle commença, par défi, à s'habiller désormais à la vietnamienne
    à son travail.

    Malgré la discrimination criante qui sévissait à l'hôpital, comme partout d'ailleurs, Henriette Bui se consacrait entièrement à son travail, trouvait même le temps pour ouvrir un cabinet privé et s'attirait une clientèle nombreuse. Dans une société encore fortement imprégnée de traditions confucianistes, Henriette Bui faisait vraiment figure d'exception.

    A son retour au pays, obéissant à son père, elle s'était mariée avec Me Vuong Quang Nhuong, un avocat célèbre à la Cour d'Appel de Saigon. Son emploi du temps effréné ne tarda pas à mettre à mal leur ménage et bientôt, ils se séparèrent. Leur divorce en 1937 eut le même retentissement que leur mariage deux ans plus tôt, avec en plus un parfum de scandale.

    Peu après l'assassinat de son père par les Viêt-Minh en septembre 1945, Henriette Bui accompagna en France Nguyen Ngoc Bich, expulsé du Vietnam en raison de ses activités poiur l'indépendance du pays.

    Rentré au Vietnam après avoir obtenu ses diplômes d'ingénieur à Polytechnique et à l'Ecole des Ponts et Chaussées, Nguyen Ngoc Bich entra en résistance aux côtés du Viêt-Minh et dirigeait un maquis dans le delta du Mékong. Il voulait lutter pour l'indépendance du Vietnam mais ne partageait pas les convictions communistes de ses partenaires du Viêt-Minh. Son prestige énorme et sa popularité auprès de la population du Sud Vietnam provoquaient la suspiscion du Parti. Capturé après son refus d'en devenir membre et condamné par les autorités françaises à être exécuté, Nguyen Ngoc Bich n'échappa à la mort que grâce à l'intervention des camarades de l'Ecole Polytechnique, officiers dans l'armée, alertés par Henriette Bui. Ceux-ci inscrivirent son nom sur une liste de prisonniers Viet Minh à échanger et organisèrent son départ en exil vers la France .

    A Paris, Henriette Bui s'installa avec celui qu'elle considérait comme son mari. Ayant depuis longtemps rêvé d'étudier la médecine traditionnelle chinoise, elle partit faire des études d'acupuncture au Japon en 1957-1958 et fit partie des tout premiers médecins à introduire en France l'acupuncture dans la pratique de la médecine occidentale. Entretemps, Nguyen Ngoc Bich se lança dans une nouvelle carrière à Paris, fonda avec des amis les Editions Minh Tan pour promouvoir la connaissance aux Vietnamiens et entreprit, à près de 40 ans, des études de médecine. Après avoir été diplômé, Il enseigna en physique médicale à l'Université de Paris. En 1964, atteint d'un cancer, il partit, accompagné par Henriette Bui, se faire soigner au Japon et aux USA. Ils revinrent au Vietnam où Nguyen Ngoc Bich mourut en 1966.

    Henriette Bui reprit ses activités de médecin au Vietnam avant de quitter définitivement le pays en 1975. Elle pratiqua la médecine à Paris où elle prit sa retraite en 1978.

    Cette grande figure féminine, pionnière en bien des domaines, qui eut un destin exceptionnel, avait fêté ses 105 ans en Septembre de l'an dernier.

    Désormais, elle fait partie de l'histoire du Vietnam.

    Elle reposera en paix à côté de Nguyen Ngoc Bich à Ben Tre le berceau de la famille de celui ci, comme elle l'a désiré.

    Paris le 10 Mai 2012 "
    Bonjour,

    Cela fait un certain temps que je ne venais plus sur ce Forum, mais les hasards de la vie me renvoient sur ce post en cherchant des renseignements sur Mme Henriette BUI, dont je conserve beaucoup de bons souvenirs lors du temps où elle m'avait recueillie chez elle, à Saïgon, durant mon année de 6ème à Marie Curie. Je faisais ces recherches pour parler d'elle dans le récit que je fais pour mes enfants de ma vie au Vietnam. Je l'ai perdue de vue alors qu'elle habitait encore boulevard Raspail à Paris. J'avais appris son décès par les Cahiers du Vietnam. Grâce à vous, j'aurais des renseignements plus précis sur cette grande dame que j'admirais beaucoup. Merci.
    "Il est plus urgent de vivre que de compter !" Françoise SAGAN
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  3. #92
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    salut Buuhoa,
    ça fait plaisir de te retrouver sur le Forum; il n y a que les anciennes et anciens qui puissent réveiller d'anciens posts(celui-ci date de 2012). et je les en remercie.
    Je ne connaissais pas ce mèdecin Henriette Bui, Et à la lecture du récit de Yakirichau que j'avais zappé surement par paresse ou par précipitation dans ma lecture des posts de FV, je m'aperçois que j'étais passé à côté d'une belle histoire d'une de nos soeur ( tante) de notre Quê Hung.Et si les souvenirs de ton accueil chez Mme BUI à cette époque si ancienne sont encore présents , c'est qu'ils devaient être exceptionnels.

  4. #93
    Le Việt Nam est fier de toi Avatar de Buuhoa
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    Citation Envoyé par thuong19 Voir le message
    salut Buuhoa,
    ça fait plaisir de te retrouver sur le Forum; il n y a que les anciennes et anciens qui puissent réveiller d'anciens posts(celui-ci date de 2012). et je les en remercie.
    Je ne connaissais pas ce mèdecin Henriette Bui, Et à la lecture du récit de Yakirichau que j'avais zappé surement par paresse ou par précipitation dans ma lecture des posts de FV, je m'aperçois que j'étais passé à côté d'une belle histoire d'une de nos soeur ( tante) de notre Quê Hung.Et si les souvenirs de ton accueil chez Mme BUI à cette époque si ancienne sont encore présents , c'est qu'ils devaient être exceptionnels.

    Bonjour Thuong 19, Hé oui, le hasard nous mène toujours là où il faut qu'on soit quand on en a besoin ! C'est pourquoi, en faisant une recherche sur Henriette BUI, je fus ramenée sur ForumVietnam ! En 2012, j'étais déjà partie pour tu sais où pour rejoindre d'autres amis, ce qui fait que je n'ai pas vu ce post. Depuis, cela me trotte dans la tête, par exemple, je me posais cette question : "Comment Mme BUI pouvait recevoir des neveux et nièces chez elle, (comme moi pour l'année scolaire), alors qu'elle était fille unique ?" Hier, en bavardant avec un ami, tout d'un coup, j'ai eu une intuition : ce n'étaient pas des neveux et nièces de sang, mais de coeur. Les jeunes vietnamiens en présence d'un ainé l'appellent "tante" : j'en ai conclu cela car les étudiants vietnamiens de Nantes aimaient se retrouver chez une dame d'un certain âge (comme moi !) et la nommaient "Tata 7" quand ils parlaient d'elle. C'est ça n'est-ce pas ? Ma mère est décédée depuis plus longtemps que Mme BUI, c'est pourquoi j'ai perdu tout contact avec elle et sa famille. Je tiens à lui rendre hommage : c'était une grande dame avec un coeur immense. Devenue veuve, avec 7 enfants, ma mère avait consulté Mme BUI et celle-ci avait proposé d'adopter ma dernière soeur pour la soulager ! Mme BUI est, pour moi, une de ces personnes solaires qui laissent un souvenir inoubliable dans la mémoire de ceux qui l'ont rencontrée.
    "Il est plus urgent de vivre que de compter !" Françoise SAGAN
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  5. #94
    Avatar de thuong19
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    bonjour Buuhoa,
    ................... je poursuivrai ton récit en pensant que les étudiants vietnamiens de Loire Atlantique ont bien de la chance d'avoir rencontré une Tata de coeur à Nantes,et ils te le rendent bien à lire leurs messages de sympathie.
    je me dis toujours qu'un jour il faudrait que j'aille te rendre visite .

  6. #95
    Le Việt Nam est fier de toi Avatar de Buuhoa
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    Bonjour Thuong,

    En effet, les étudiants vietnamiens avec lesquels j'ai lié amitié et qui sont venus à la maison me donnent toujours de leurs nouvelles et cela me permet de garder le contact par delà l'espace et le temps.

    Cependant, des amis que j'ai connus sur Forum Vietnam étaient venus à la maison pour une rencontre et ce furent des instants partagés très agréables aussi. Alors, si par hasard tu passes dans la région nantaise, tu seras reçu aussi simplement et amicalement que les autres ! Bien sûr, la Corrèze n'est pas vraiment la porte à côté, mais la Bretagne est belle et Nantes est tout près !

    Alors, n'hésite pas, fais-moi signe si tu passes par là un jour ou l'autre...

    Bisous à mon modérateur préféré et salut à tous les autres !
    "Il est plus urgent de vivre que de compter !" Françoise SAGAN
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