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Discussion: L'épopée des Marocains du Vietminh

  1. #1
    Le Việt Nam est fier de toi Avatar de Bao Nhân
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    Par défaut L'épopée des Marocains du Vietminh


    L'épopée des Marocains du Vietminh



    En mai 1954, tandis que la débâcle de Dien Bien Phû sonne l'heure du départ pour les troupes françaises, une centaine de soldats marocains, « prisonniers- ralliés » des communistes vietnamiens, restent sur place. Ils ne rentreront chez eux que dix-huit ans plus tard. Notre collaboratrice a recueilli leurs témoignages.



    Dien Bien Phû On l'appelle « le Consul ». Dans les entrelacs de ruelles de la médina de Kénitra, l'homme est connu de tous. Grand, élégant, « portant beau » comme on dit, Miloud Ben Salah Ben Bouchaïb raconte pendant des heures, grillant cigarette sur cigarette, l'étrange destin qui fut le sien et celui de ses compagnons d'armes. Chez lui, lampions vietnamiens, tableaux d'Hanoi et de la baie d'Ha Long, mêlés aux éléments traditionnels du salon marocain, témoignent des horizons lointains qui furent les siens des années durant. Sans compter l'immense portrait d'Ho Chi Minh faisant face à celui de Mohammed V.
    Écouter l'histoire de Miloud, de ses amis Ahmed Raji, Mohamed Laouifi et Miloud Hatimi, qui, à quelques encablures de Kénitra, à Sidi Yahia du Gharb, occupent une ancienne ferme de colons, c'est un peu comme embarquer sur Le Pasteur - célèbre navire de guerre qui, à l'époque, reliait Marseille à Haiphong en dix-sept jours - à destination d'une terre inconnue : celle où une centaine de Marocains, partis comme chair à canon du corps expéditionnaire français, vont, pour différentes raisons, rejoindre les camps de l'« ennemi »*. Regroupés dans des camps-villages où ils seront pris en charge - et en main - par le Vietminh, ces hommes vont rester au Nord-Vietnam presque vingt ans après la fin de la guerre. Mariés à des Vietnamiennes avec lesquelles ils eurent bientôt des enfants, ils devinrent paysans dans une ferme d'État (Son Tay) et se construisirent, en cette improbable communauté maroco-vietnamienne, une vie inattendue : les enfants étaient scolarisés, les hommes et les femmes travaillaient, étaient payés, leur santé était suivie par des médecins.
    À la ferme de Sidi Yahia, que les habitants du coin ont rebaptisée la ferme des « Chinoui », le ton se veut badin. Seuls Ahmed Raji et Miloud Hatimi parlent. Mohamed Laouifi, dont on apprend qu'il fut, en 1949, le premier prisonnier de guerre marocain, écoute un moment avant de se retirer, épuisé par la maladie. Nguyen Thi Oc, son épouse, s'affaire dans la cuisine en compagnie de ses deux filles, Hadhoum et Rahma. Et tandis que la conversation s'écoule, les odeurs de champignons noirs et de pousses de bambous commencent à titiller les narines.
    Fils de fellahs pauvres, sans formation ni travail, ils se sont engagés très jeunes dans l'armée française pour l'argent, une misère au demeurant. L'arrivée en Indochine est pour tous un choc brutal. Les uns vont au combat : « Nous étions colonisés. La France faisait de nous ce qu'elle voulait. On a combattu, on a tué », raconte, laconique, Hatimi. D'autres restent au camp surveiller les prisonniers. « Je gardais les Vietnamiens, qui parlaient bien français, se souvient Miloud Ben Salah. Chaque jour, chaque nuit, ils me demandaient : "Pourquoi es-tu là ?" Et moi, je leur répondais que c'était à cause de la guerre. "Oui, mais quelle guerre ? Contre un peuple opprimé ! Nous devons défendre notre indépendance ! Et un jour, pour vous les Marocains là-bas, ce sera la même chose." »
    Ainsi va, au gré des mois, des morts, des souffrances, la (sur-)vie de tirailleurs dans le Cefeo (Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient). Jusqu'au jour où... plusieurs centaines d'entre eux vont rejoindre le Vietminh. Certains parce qu'ils ont été faits prisonniers, d'autres parce qu'ils sont convaincus de la nécessaire solidarité anticolonialiste. D'autres encore ont été écoeurés par la déportation de Mohammed V à Madagascar.
    N'avaient-ils donc jamais entendu parler de Maârouf, ce cadre du Parti communiste marocain envoyé à la demande d'Ho Chi Minh par l'émir du Rif Abdelkrim, à la fin des années 1940, pour monter un réseau de guerre psychologique à destination des troupes nord-africaines du Cefeo ? N'avaient-ils pas rejoint le Vietminh via ses tracts ou ses appels ? Bien sûr, ils en avaient entendu parler, mais il semble que la propagande communiste et/ou anticolonialiste ait eu ses limites - le faible nombre de ralliés suffit à le démontrer. Pour autant, ils ont très bien connu ledit Maârouf, Anh Ma de son nom de guerre vietnamien, mais plus tard, « au camp de Son Tay, dont il était le responsable ». Là, ils bénéficient d'« une véritable éducation ». La plupart apprennent à lire, à écrire, le vietnamien et l'arabe, tous reçoivent une formation politique.
    Miloud Ben Salah : « Maârouf était membre de la hiérarchie vietnamienne et de son appareil de guerre, il avait beaucoup d'influence. Après le départ des troupes françaises, il a obtenu que les Nord-Africains soient regroupés à Son Tay, au pied de la montagne de Ba Vi [à une cinquantaine de kilomètres d'Hanoi], pour constituer des cellules de lutte pour l'indépendance de leur pays. Il a choisi une centaine de cadres vietnamiens qui parlaient bien le français pour nous éduquer, nous apprendre ce qu'était le communisme, le colonialisme... »
    C'est ainsi que Son Tay se transforme peu à peu en un kolkhoze où les Marocains cultivent la terre, élèvent des vaches... Maârouf, bien que vivant à Hanoi, est responsable de l'organisation du camp. « Comme il était notre intermédiaire auprès des Vietnamiens, il nous a obtenu un tracteur, des camions et... l'autorisation personnelle de Ho Chi Minh de nous marier avec des Vietnamiennes. Il a largement contribué à améliorer nos conditions de vie. »
    Ainsi s'écoule pendant quelques années la (dure) vie de ces « ralliés » jusqu'à ce que les pays du Maghreb accèdent à l'indépendance, faisant naître l'espoir d'un retour prochain. Mais, sur place, la guerre américaine commence, qui entraîne de nouveaux déplacements de populations. Les Marocains doivent quitter la ferme à laquelle ils s'étaient peu à peu habitués. Cet exode vers l'arrière-pays, à Yen Baï (frontière chinoise), constitue un nouvel arrachement et un nouveau recommencement. Plus grave, il fait craindre aux Marocains que c'en est fini de leurs espoirs de retour dans leur pays, auquel ils aspirent depuis la paix de Genève.
    Ces craintes sont renforcées quand les uns regagnent la Tunisie et les autres l'Algérie, dont l'indépendance a pourtant été proclamée six ans après celle du Maroc. Ignorés de leur pays, les Marocains se mettent à protester. Les empêche-t-on de partir du Vietnam ? Ou de rentrer au Maroc ? Sont-ils devenus des prisonniers ? Des otages ? Des proscrits ? Se peut-il qu'on ignore tout, au Maroc, de leur situation ?
    Allal el-Fassi, père du parti nationaliste de l'Istiqlal, avait été informé par la délégation vietnamienne à Bandung du sort de ces compatriotes. Ali Yata, membre fondateur du Parti communiste marocain, était venu les voir à Son Tay en 1958. Donc ils savaient, le roi savait. S'il ne les faisait pas rentrer, c'est qu'il ne voulait pas d'eux. Au fil du temps, des dissensions naissent. L'ambiance va en se détériorant, le moral est au plus bas. D'autant que les mauvaises nouvelles s'accumulent. Maârouf, seul lien avec leur pays, a quitté le Vietnam sans prévenir qui que ce soit. Puis, en février 1961, le roi Mohammed V décède. Les Marocains ont beau protester, faire grève, leurs démarches ne mènent à rien. C'est alors qu'un petit groupe tente de rejoindre Hanoi en train. Vite arrêtés, ils écoperont de deux à quatre ans de travaux forcés. Si la leçon est bien comprise, le mouvement, pourtant, ne désarme pas. D'autres tentatives sont menées, auprès du consul de France notamment, mais toutes échouent. C'est alors qu'intervient Miloud Ben Salah. Et c'est de cette époque que lui vient son titre de « Consul ».
    Un jour, tandis qu'il déambule dans les rues d'Hanoi, il croise un ancien militaire vietnamien qu'il connaît bien. Ce dernier lui parle d'une ambassade d'Égypte dans la ville. Déjouant la vigilance des gardiens, Miloud pénètre dans le bâtiment où, dit-il, il est « aussitôt reçu par l'ambassadeur, surpris de voir dans son salon ce pauvre Arabe à l'allure de Vietnamien ». Encore plus surpris par ce que Miloud lui raconte des Marocains de Son Tay. Le diplomate se propose alors d'informer, via la valise, l'ambassadeur du Maroc en Chine.
    La réponse de Pékin ne tarde pas. L'ambassadeur ne peut rien, mais il a fait remonter l'information jusqu'à Rabat. Certain que ces démarches prennent le bon chemin, Miloud récidive auprès de l'ambassadeur du Congo en Chine, en visite à Hanoi. Re-promesses et re-courrier. Intervient alors une promotion aussi étonnante qu'inattendue. Connu pour sa maîtrise du vietnamien et de l'arabe, Miloud est nommé professeur d'arabe auprès des jeunes cadres de la diplomatie vietnamienne. « Ma solde avait augmenté, je vivais avec les civils et, chaque week-end, une voiture m'emmenait à Hanoi », raconte-t-il, sourire aux lèvres.
    Ingénieux, persévérant, Miloud consacre alors son temps libre à la réalisation de ce qui est désormais devenu sa seule obsession : rentrer au Maroc. Ne dit-on pas que la fortune sourit aux audacieux ? Il reçoit finalement une invitation à rejoindre l'ambassade du Maroc à Pékin. Après d'interminables tractations politico-bureaucratiques, il décroche un visa de sortie du Vietnam. Mais, auparavant, il lui faut retourner auprès de ses camarades à Yen Baï pour les rassurer, leur dire qu'il reviendra les chercher dès que possible. Il leur demande d'être confiants, de ne plus manifester, ne plus faire de grèves. Nous sommes en 1969, l'impatience est grande.
    À Pékin, Miloud n'a aucun mal à se fondre dans la peau du parfait secrétaire d'ambassade. Le « Consul » se consacre alors entièrement à son opération « Exodus ». Il est d'autant plus déterminé qu'il a laissé son épouse Yvonne et les enfants à Yen Baï. Mais ses tentatives échouent les unes après les autres. Un an passe, bientôt deux. Alors, osant le tout pour le tout, il se jette à l'eau. « Je propose à l'ambassadeur d'écrire directement au roi. J'ai mis trois jours pour rédiger cette lettre. Finalement, je la montre à l'ambassadeur, qui la trouve formidable. On la ferme, je la scelle moi-même, et elle prend la valise diplomatique. »
    Quelques jours plus tard, tandis que l'ambassadeur est à Moscou, Miloud est seul à la chancellerie, de permanence aux télégrammes. En arrive un justement du Palais, qui annonce que les Marocains doivent rentrer dans les plus brefs délais avec femmes et enfants. « Là-dessus explose l'affaire de l'attentat de Skhirat contre le roi Hassan II, et tout est de nouveau bloqué, mort pendant... un an ! » se souvient Miloud.
    « Entre-temps, l'ambassadeur avait fait des démarches pour que nous puissions retourner tous les deux au Vietnam, mais il a dû y aller tout seul, car on m'avait refusé le visa. Ensuite, une délégation interministérielle marocaine s'est rendue au Vietnam... Pour négocier, je suppose », lance-t-il, sibyllin. Quand il apprend que les Marocains sont enfin sur le point de quitter Yen Baï avec femmes et enfants, Miloud part pour Canton où il les accueille quelques jours plus tard. Si les hommes sont heureux, épouses et enfants vivent un véritable déchirement. Ils quittent leur pays, leur famille, contraints par les autorités - marocaines ? vietnamiennes ? - de tout laisser derrière eux.
    L'épopée vietnamienne, qui pour certains aura duré un quart de siècle, s'achève la nuit du 15 janvier 1972, quand deux avions atterrissent sur le tarmac de la base militaire de Kénitra, avec à leur bord les anciens combattants et leurs familles. À Rabat, le comité d'accueil a fait les choses en grand. Hassan II fait savoir qu'il prend sous « sa royale protection » ses sujets de retour dans un pays auquel ils ont tant manqué et promet que le temps perdu sera rattrapé, l'administration ayant reçu des ordres en ce sens.
    « Quelques jours plus tard, les gouverneurs de toutes les régions sont venus nous chercher », raconte Raji. Partout, dans leurs douars d'origine, leur retour est fêté avec faste. Mais la joie consommée, il a fallu (re)trouver sa place, imposer femmes et enfants « venus d'ailleurs », combler vingt-cinq ans d'absence, de deuil et d'oubli. Certes, les anciens tirailleurs reçurent bien quelques arpents de terre, des postes dans l'administration, souvent précaires, ainsi qu'une pension de 450 dirhams, mais tous disent avoir vécu dans la misère. Leur seul réconfort ? Voir leurs enfants réussir dans la vie. De beaux métis, devenus l'un restaurateur, l'autre ingénieur ou médecin en France... qui perpétuent aujourd'hui le souvenir de l'aventure de leurs parents.


    Source :EMarrakech.info - 15 Janvier 2006 -

    朴善美

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    Par défaut Re : L'épopée des Marocains du Vietminh

    Sauver la Porte marocaine de Son Tay

    Cette Porte marocaine, a été construite par les ralliés marocains qui se trouvaient au Nord Vietnam à la fin de la guerre d'Indochine, sur ce qui était à l'époque une coopérative agricole. Ils y ont vécu une dixaine d'années après la fin de la première guérre d'indépendance avant d'être repliés vers la frontière chinoise, à cause des bombardements américains. Cette porte est une fidèle reproduction du style marocain, celui des portes qui couvrent les remparts des villes fortifiées, avec arcs, piliers et frises scultées. Elle est un cadeau des Marocains au pays qui les a protégés et adoptés. Elle est témoignage de leur reconnaissance et leur histoire extraordinaire. Elle a survécu à la guerre, aux bombardements et aux besoins de terre de la population. Elle est devenue un monument historique exceptionnel, qui porte au ciel (cette porte fait 10 mètres de haut) les marques sculturales de la solidarité anti-coloniale et intercontinentale...

    Elle porte dans la pièrre de la mémoire de plusieurs pays-Maroc, France et Vietnam- en une réalisation artistique unique au monde. Nous demandons donc aux autorités compétentes de faire le nécessaire pour préserver ce témoin du passé-contactées, les autorités marocains se sont déclarées prêtes à participer à des travaux de sauvegarde. Avec la co-opération des services du patrimoine français, il ne serait peut-être pas impossible alors d'envisager une opération conjointe pour mettre en valeur ce monument historique, que les visiteurs et les touristes découvriraient avec curiosité admirative qu'on peut imaginer.

    Un certain nombre de chercheurs, écrivains, journalistes, cinéastes ont adressé cette pétition au Ministère des Affaires étrandères du Vietnam. L'affaire suit son cours.

    Pour tout soutien, envoyer votre signature aux Carnets du Vietnam, qui feront suivre.

    Premiers signataires : Nelcya DELANOË, Professeur émérite Université Paris-X Christan Pédelahore de Loddis, Architecte Urbaniste Paris, Heinz SCHÜTTE chercheur indépendant Paris, Alain RUSCIO, historien Paris, Mohammed EL AYADI, Professeur à la faculté Casablanca, Mohammed Ezroura, Professeur à la faculté Rabat, Jamaâ BAIDA, Professeur d'histoire Comtemporaine Secrétaire général de l'Association Marocaine Pour la Recherche Historique, Zakia DAOUD, journaliste écrivain Paris, CHEF Fayçal, Enseignant chercheur Tunisie, Hà Vinh Phuong, de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer(Paris)

    Carnets du Vietnam Février 2006
    朴善美

  4. #3
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    Par défaut Re : L'épopée des Marocains du Vietminh

    Vietnam : la porte du Maroc recherche reconnaissance
    L’inauguration de l’ambassade du Maroc au Vietnam en août dernier permet de revenir sur une histoire commune. Les soldats marocains étaient présents pendant la guerre du Vietnam. Ils ont laissé une trace : la porte du Maroc.

    HANOI - Deux évènements fortement symboliques ont levé le voile sur un pan négligé de l’histoire des Marocains du Vietnam. Avec la célébration de la Fête du Trône cinq jours auparavant et l’inauguration de l’ambassade du Maroc à Hanoi, ceux qui ont combattu aux côtés de l’armée française pendant la guerre d’Indochine entre 1946 et 1954 ont désormais droit de cité.

    Ces deux manifestations viennent rappeler, en effet, que les Marocains ont joué un rôle important dans l’histoire de la région. Les Goumiers, ces supplétifs marocains de l’armée française étaient près de deux milliers à participer à la guerre opposant la France au Viêt Minh, le front d’indépendance du Vietnam. Rappel historique : à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, le Vietnam proclame son indépendance. Le gouvernement français refuse cet état de fait. Elle entend à tout prix rétablir son autorité sur l’Indochine française pour maintenir son empire. Mais les négociations entre le Viêt Minh et la France n’aboutissent pas pour des raisons de politique intérieure. C’est ainsi que des incidents de plus en plus sérieux opposent le Viêt Minh aux forces militaires françaises. Le bombardement du port de Haiphong en 1946 complique la situation. C’est le fait déclencheur de l’insurrection contrôlée par le Viêt Minh qui éclate le 19 décembre 1946. Celle-ci se transforme, par la suite, en une longue et dure guérilla contre l’armée française puis en véritable conflit opposant les deux armées. Au cours de ces batailles, les goums étaient encadrés par une dizaine de capitaines français.

    Mohamed Benacer, un ancien combattant, raconte cette époque. Il s’en rappelle, comme si c’était hier. «Je faisais partie d’un bataillon de huit cents goumiers marocains qui ont été acheminés en 1947 par bateau jusqu’à Saïgon (rebaptisée Hö Chi Minh) en 1976». Une fois sur place, ils devaient affronter la réalité du terrain. Ils savaient qu’ils n’étaient pas là pour passer du bon temps, mais pour défendre le drapeau français. Ils avaient devant eux un ennemi, qu’ils devaient combattre. «Chacun agissait comme il pouvait avec comme armes, des mitrailleuses et des mortiers», raconte Mohamed Benacer qui est âgé, aujourd’hui, de 85 ans. Mais leur véritable force, ces goumiers la tiraient de leur courage. Ceux qui étaient assaillis par la peur avaient du mal à se servir de leurs armes. Et, par conséquent, ils abandonnaient vite la partie. «La peur au ventre, certains des soldats qui nous accompagnaient ne savaient pas où l’ennemi pouvait se cacher et oubliaient toutes les stratégies présentées la veille par leurs supérieurs», relate le même Benacer récompensé par trois médailles de la République française en 1950. «J’avais amené, sur mon dos, jusqu’au front, un vietnamien blessé, ce qui m’a valu plusieurs décorations», a-t-il affirmé. Deux ans après avoir servi la France, en 1950, Mohamed Benacer reprend le bateau et rentre chez lui. Pour ses loyaux services, il perçoit une retraite qui se monte, à l’heure actuelle, à 1000 DH versés par la République française en plus de 50 DH pour ses médailles. Si M. Benacer est demeuré fidèle à l’armée française, d’autres ne le furent pas. Ils sont restés au Vietnam.

    Entre 1947 et 1954, ils avaient déserté l’armée française pour rallier le Viêt Minh par solidarité anti-colonialiste, par refus de servir une cause qui n’était pas la leur. C’est l’exemple de Miloud Salhi, un ancien combattant qui a rallié le Viêt Minh. «En 1952, après la déportation de Mohammed V à Madagascar, je ne pouvais pas être du côté du colonisateur, j’ai donc rallié le front de libération et je suis resté au Vietnam jusqu’en 1972, date de mon retour au Maroc», témoigne Miloud Salhi. Pendant son séjour au Vietnam, il a lutté aux côtés de l’armée de libération du Vietnam contre l’occupant français. Il résidait, aux côtés d’autres maghrébins, dans un lieu de repos français. «Cet endroit est appelé Babi. C’est un terrain de 3000 hectares», souligne-t-il. Ce lieu réunissait tous les soldats maghrébins qui vivaient en parfaite harmonie. «A la fin de la guerre en 1954, le gouvernement vietnamien les a réuni dans des fermes pour qu’ils soient à l’abri puisque la guerre contre les Etats-Unis allait éclater sous peu», explique Le Duc Thien, consul du Vietnam au Maroc. Il précise à ce propos que les Maghrébins arrêtés par l’armée vietnamienne avaient été rendus à l’armée française et ceux qui s’étaient ralliés aux communistes n’étaient pas des prisonniers. «Ils étaient considérés comme des volontaires qui voulaient quitter l’armée française de plein gré», souligne le consul.

    Le gouvernement vietnamien avait beau contacter le Maroc pour les rapatrier, mais il n’avait reçu aucune réponse. «Il y avait une sorte de peur de la part du gouvernement marocain de voir ces soldats se transformer en espions du Viatnam», rappelle M. Thien. Ainsi, en attendant que le problème du rapatriement de ces soldats soit résolu, le gouvernement vietnamien a décidé de les mettre à l’abri dans cette aire de repos. Les soldats marocains seront les derniers à quitter le Vietnam. « Ce n’est qu’en 1972 que le gouvernement vietnamien a affrété quatre vols pour envoyer tous les soldats ralliés – près de 200 - à leur patrie», précise le consul. Mais avant ce dénouement vu par certains comme une véritable libération, «Babi» sera cloisonné avec l’aide du gouvernement vietnamien. «Nous avons demandé que cet espace soit totalement sauvegardé et aménagé», déclare Miloud Salhi. Une porte y sera érigée. Et c’est M. Salhi himself qui l’a construite avec l’aide des ses compatriotes. «Cette porte a été construite entièrement par les soldats marocains», témoigne le consul du Vietnam au Maroc. Elle prendra le nom de Porte du Maroc. «J’ai construit cette porte qui est aujourd’hui considérée comme un véritable patrimoine», ajoute M. Salhi. Ce dernier a une revendication : «Les Marocains qui ont fait la guerre du Vietnam veulent que cette porte soit reconnue comme patrimoine mondial de l’Unesco».

    D’après le consul Le Duc Thien, le dossier de candidature a été déposé auprès de l’Unesco. «Ce patrimoine doit être mondialement reconnu, mais nous attendons toujours la réponse», tient-il à souligner. «Avec l’ouverture de l’ambassade du Maroc au Vietnam, nous espérons que notre ambassadeur pourra défendre le dossier pour que ce terrain soit préservé», ajoute Miloud Salhi. L’alarme mérite, en effet, d’être déclenchée. Cet endroit situé à 60 km de Hanoi sur l'axe routier Hanoi – Mai Chau et Dien Bien Phu, lieu de la cuisante défaite de l’armée française en 1954, est devenu, aujourd’hui, une véritable forêt tropicale. Les plantations y sont sauvages et les murs sont fragilisés. Quelques propos comme ceux du docteur Abdelilah El Hairy sont là pour en témoigner. Cet anesthésiste à l’hôpital français de Hanoi et gendre de Mohamed Benacer en témoigne. «Je suis allé visiter cet endroit et je suis triste de constater que la Porte du Maroc est dans un état de délabrement total». Des bruits courent quand au probable achat de ce terrain par des particuliers. L’information est, par ailleurs, démentie par le consul du Vietnam au Maroc. «Impossible, le terrain n’est pas à vendre, au contraire il doit être préservé». Interrogé sur ces rumeurs M. Salhi a promis de défendre bec et ongle la Porte du Maroc. «Nous allons faire tout ce qui est en notre possible pour préserver ce patrimoine, c’est quand même l’ultime trace de notre présence au Vietnam», lance-t-il.
    Source : Par Qods Chabâa - Aujourd'hui le Maroc - 22 Septembre 2006

    朴善美

  5. #4
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    Par défaut Re : L'épopée des Marocains du Vietminh

    Merci Bao Nhân pour sortir cette file de l'ombre sur cette histoire oubliée et méconnue.

    Cela apporte encore une preuve que le Vietnam a montré l'exemple pour les autres peuples colonisés.

    Le Vietnam : Exemple pour tout les peuples victimes de l'impérialisme sous toutes ses formes (déclaré ou dissimulé). 10 siècles d'expérience, ça forge...

  6. #5
    Avatar de mike
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    Par défaut Re : L'épopée des Marocains du Vietminh

    Merci Bao Nhân pour l'info..

    Il est vrai que cette partie de l'histoire du Viêt Nam mérite qu'on s'y attache un peu plus..

    (PS: sortie aujourd'hui au cinéma du film "Indigènes"..)


  7. #6
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    Par défaut Re : L'épopée des Marocains du Vietminh

    Citation Envoyé par Mike
    Merci Bao Nhân pour l'info..

    Il est vrai que cette partie de l'histoire du Viêt Nam mérite qu'on s'y attache un peu plus..

    (PS: sortie aujourd'hui au cinéma du film "Indigènes"..)

    très interessant à lire, merci BN !!
    pouaaa j'aurais bien aimé le voir ce film indigene, je vais attendre qu'il passe sur HCMV, à l'idecaf !!! :lol!: :lol!:
    ça me fait penser quand rentrant de mon voyage en mars du vietnam, j'étais assis à coté d'un ancien légionnaire, un marocain qui avait fait toute les guerres, super interessant de discuter avec lui, on a du passer bien 5-6h à parler ensemble du coup pas vue les 12h du voyage passer !

  8. #7
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    Par défaut Poème tiré du livre "LES BAGUETTES DE JADE " (pages 83-84) de Madeline RIFFAUD : MOHAMED

    MOHAMED

    A l’ami marocain combattant dans les rangs viet-namiens.

    Tu es grand, très grand,
    Tes pieds sont lourds, très lourds,
    Ta peau de plomb,
    Tes yeux noirs et profonds.
    Fort comme un éléphant,
    Marchant des nuits entières,
    Tu secoues la tête et tu ris
    Quand on demande : « Fatigué ? »

    Ton rire de bon enfant
    Découvre tes dents blanches
    Quand tu veux être gentil
    Avec les demoiselles.
    Tu aimes les enfants,
    Tu les portes, les respires,
    Tu les lances en l’air,
    Tu apprends à chanter :
    « Vive le Président Ho ! »


    Tu suis les soldats Viet-Namiens,
    Car tu détestes les colons.
    Tu n'aimes pas les chaussures,
    Tu prends une paire de sandales
    Le visage crispé
    Tu cours vers le poste ennemi.
    Tu cries, tu hurles,
    Tu entres et sors.
    Les yeux brûlants, tu cries :
    « A l’assaut ! A l’assaut ! »
    Tu serres les dents.

    TRUONG SINH

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