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Discussion: camp d'internement japonais de Nha Trang

  1. #1
    Invité Avatar de Tardiwë
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    juin 2015
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    Par défaut camp d'internement japonais de Nha Trang

    Recherche localisation et témoignages sur le ghetto créé en 1945 à NhaTrang par les Japonais pour y enfermer les familles françaises (couples français et couples franco-vietnamiens.

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  3. #2
    Le Việt Nam est fier de toi Avatar de robin des bois
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    Par défaut

    Citation Envoyé par Tardiwë Voir le message
    Recherche localisation et témoignages sur le ghetto créé en 1945 à NhaTrang par les Japonais pour y enfermer les familles françaises (couples français et couples franco-vietnamiens.

    Bonjour à vous

    Votre question, "simple en apparence ", se révèle plus compliquée qu'il n'y parait :

    - primo : parce que la répression japonaise après mars 1945, semble avoir évolué et revêtu plusieurs aspects successifs. Je m'explique :
    * En un premier temps, il semble que les "résidents français" et sympathisants aient d'abord été simplement "parqués dans des quartiers d'habitation"- votre mot ghetto me semble donc assez juste.

    * Mais très rapidement de véritables "camps de concentration" , voire même "d'extermination", dits aussi "camps de la mort" ont été créés par la KEMPETAÏ

    * Il me semble avoir lu que le tracé de la RC6 a été un axe de localisation de ces camps japonais

    - secundo : docs précises pas faciles à trouver

    Perso : 2 documents trouvés que vous connaissez peut- être déjà

    21 le bulletin n°52 de "Mémoire Vivante" d'Avril 2007,
    http://www.fmd.asso.fr/updir/37/memoire_vivante52.pdf

    avec un article intitulé :
    Les camps japonais en Indochine pendant la Seconde Guerre
    mondiale


    ... CF cet extrait qui liste les "lieux officiels de déportation"

    [ Lieux et camps de déportation
    Les lieux de déportation officiellement reconnus par la
    France en 1951 et ouvrant droit au titre de déportés après
    guerre sont :
    – les cellules de l’immeuble Shell à Hanoı¨,
    – les cellules de la Sûreté et de la Maison centrale à Hanoï,
    – les cellules de la Sureté de l’école Henri Rivière et de
    la prison civile de Haïphong
    – la prison municipale de Nam Dinh,
    – la prison civile de Saïgon,
    – les cellules de la chambre de commerce de Saïgon,
    – les cellules de la Sûreté de Vinh,
    – les cellules de la gendarmerie japonaise, de la Sûreté
    et du commissariat central de Phnom Penh.

    A partir du 21 juin, les Japonais constituent de
    véritables camps de concentration, beaucoup plus vastes :
    – le camp de Pakson,
    – les camps de travaux forcés répartis le long de la route
    en construction de Hoa Binh.....]


    22 : Un "témoin direct " raconte sur un forum de discussion

    LA BATAILLE DE DIÊN BIÊN PHU (le devoir de mémoire) :: La repression de la Resistance en Indochine

    [.....3 - Les camps de la mort lente (Hoa-Binh) :

    Intervenant au Parlement le 8 juin 1948 (Conseil de la République), M. Durand-Reville, rapporteur de la commission de la France d'outre-mer lors de la discussion de la loi du 6 août 1948 sur le statut des déportés et internés de la Résistance, s’est exprimé en ces termes à propos de la détention subie par les prisonniers de guerre du Tonkin :
    « Cette captivité, relativement courte, peut être considérée comme aussi meurtrière, toutes proportions gardées, que quatre années de stalag ou d'oflag.
    « La faim, le paludisme, la dysenterie firent de terribles ravages dans les camps de prisonniers dont les plus sinistres incontestablement furent ceux de Hoa-Binh, aux confins du delta tonkinois et de la Moyenne-Région : Hoa-Binh, lieu d'enfer où furent envoyés à partir du mois d'avril près de 4.000 prisonniers, hommes de troupe, sous-officiers et officiers subalternes.
    « Le plus horrible de ces camps fut celui des Calcaires ; appelé d'abord camp des Aigles en raison de son altitude.
    «Cela commença par une seule étape de 53 kilomètres à pied, distance séparant Hanoï de Hoa-Binh. Cette performance déjà pénible pour des hommes sains, normalement nourris, vêtus et chaussés, fut imposée à des prisonniers affamés, en proie à la fièvre, à la dysenterie et au béribéri ; ils marchaient nu-pieds, à peine vêtus sous une pluie battante, par des chemins détrempés et portant non pas leurs propres bagages - ils les avaient tous perdus - mais ceux de leurs tortionnaires avec les vivres de ces derniers et le produit de leurs rapines.
    «Beaucoup contractèrent là des maladies dont ils devaient mourir peu après. D'autres traînent depuis ce temps un mal dont ils ne guériront plus...

    « II y avait plusieurs chantiers : le travail de sape, le transport des terres, la confection et le transport des boiseries.
    « Sans cesse, les loques humaines qu'étaient devenus ces prisonniers glissaient sur les pentes détrempées et s'affalaient parmi les hurlements et les éclats de rire des Japonais qui relevaient les traînards à coups de crosse.
    « Les épaules meurtries par les lourdes charges, brûlées par le soleil, présentaient d'abominables plaies toujours à vif.
    « Cette vie d'enfer dura deux mois. Quand elle prit fin par suite de la capitulation japonaise, ceux qui restaient n'avaient plus rien d'humain. Ils étaient devenus complètement amorphes, ne se disputant même plus pour manger.
    « Un jour, ils n'allèrent plus au travail... »

    Tel est le résumé officiel fait aux Conseillers de la République le 8 juin 1948 sur les atrocités nippones (J.O. des débats parlementaires, Conseil de la République, séance du 8 juin 1948, p. 1403-04).

    Pour ma part, j'eus la chance de me trouver dans un groupe de prisonniers qui a quitté au mois de juin la Citadelle de Hanoï, dans un camion faisant partie d'un convoi composé de plusieurs véhicules. Je me souviens que nous roulions sur une route défoncée. Après des km, des cris et le camion repartait. Enfin, le convoi s'immobilise. Des ordres hurlés, notre bâche se soulève. Il fait nuit. Des sentinelles, baïonnette au canon, entourent le véhicule. Nous sautons à terre. A droite, à gauche, partout c'est la forêt. Dans la nuit épaisse, tout est noir et lugubre. Pas un village, pas la moindre paillote en vue. Le ciel est d'un noir d'encre.

    A la lueur des phares des camions, un maigre barda sur le dos, les prisonniers sont rassemblés, comptés et recomptés. On nous entasse de part et d'autre et en contrebas de la route, à quelques mètres de la chaussée.

    Nous sommes invités à nous étendre sur place, dans l'humus spongieux, à même le sol. Sous l'œil vigilant de nos gardiens, nous passâmes ainsi notre première nuit dans ce qu'on appela plus tard « les camps de la mort lente ». Nos tenues d'été étaient détrempées par l'humidité qui nous environnait. Soumis sans répit aux piqûres de moustiques, le ventre creux, nous nous sentions envahir par une profonde désespérance.

    Nous devions apprendre, quelques jours après, que nous n'étions pas seuls et les multiples camps semblables au nôtre s'échelonnaient le long de la route n°6.
    Distants de quelques kilomètres les uns des autres, ils subirent en gros le même traitement barbare, les mêmes conditions d'installation rudimentaire et de travail épuisant. Notre groupement était installé au km 62. Ce n'est que plus tard, lors de notre retour à la Citadelle de Hanoï, que nous apprîmes tout ce qui s'était passé dans les autres camps.

    Bien entendu, nous n'eûmes jamais aucun contact avec les camarades des autres groupements. Seuls, les camions japonais les reliaient pour assurer journellement le « ravitaillement », en même temps que la relève des troupes chargées de la garde.

    Le matin de notre arrivée, dès l'aurore, les outils, coupe-coupe, pelles, pioches, pics, scies, haches sont répartis; tous étaient ébréchés et en fort mauvais état. Les prisonniers groupés par dizaine et escortés par des sentinelles armées jusqu'aux dents, s'enfoncèrent sous le couvert de l'impénétrable forêt tropicale. Dans cet enfer vert, plus de routes, ni de pistes.

    Dès le premier jour, les difficultés commencèrent. Le groupe des lieutenants, sous-lieutenants et aspirants, après conciliabules, avait décidé de refuser de travailler en invoquant avec une belle candeur la Convention de Genève. Poussant des vociférations, le chef du camp nous fit comprendre qu'il ne voulait rien savoir et nous dûmes nous incliner.

    Le lendemain matin, après l'appel, les officiers se présentèrent sans insignes de grade. Chacun prit un outil et, en file indienne, étroitement encadrés par les soldats nippons ou coréens, plus hargneux que jamais, la forêt nous absorba.

    Un garde-chiourme, chef de chantier, nous indiqua une direction et, par signes et cris, nous montra un passage à constituer à travers un enchevêtrement de lianes. Nous devions atteindre une crête que nous ne pouvions voir d'ailleurs, à une distance difficile à évaluer, tant la brousse était touffue.

    Avec des outils dont le tranchant était émoussé au milieu d'une jungle inextricable, notre travail quotidien consistait à couper, scier et abattre des troncs énormes, arracher et niveler des souches de bambous aussi dures que le métal. Nous progressions avec une lenteur nonchalante. En fait, notre travail était volontairement saboté. Par bonheur, les préposés à la surveillance des travaux, disparaissaient facilement dans ce lacis infernal ; nous en profitions pour ralentir aussitôt notre cadence et souffler un peu. Chaque effort devint rapidement une souffrance. Nous étions sous-alimentés depuis de longs mois, tous plus ou moins fiévreux, affaiblis par la dysenterie. Notre rendement était à peu près nul.

    Par petits groupes, nous avancions d'une dizaine de mètres par jour, les uns, en tête, coupaient les hautes herbes et les lianes entrelacées, les suivants, pourvus de haches, entaillaient les troncs et les racines. L'obstacle le plus désagréable était constitué par les souches énormes de bambou.

    De temps en temps, surgissait derrière nous, à nous toucher, un de nos gardiens. Ne pouvant surveiller en même temps l'ensemble de sa troupe, en raison du manque de visibilité, il allait de l'un à l'autre pour nous surprendre. Du Japonais, nous apercevions d'abord la courte baïonnette large et acérée pointée vers nous, le corps sortait ensuite des fourrés. Les coups de crosse pleuvaient sur les dos nus et les reins, quand l'avance était trop lente ou notre inertie manifeste.

    La bourbouille mettant la chair à vif sous nos aisselles, le moindre mouvement des bras provoquait une douleur insupportable et, toute plaie s'infectait rapidement dans cette chaleur humide.

    Quand, après avoir surmonté bien des difficultés, un groupe avait percé une trouée d'une vingtaine de mètres, on constatait soudain qu'une erreur de direction avait été commise, la piste était abandonnée ; nous n'étions pas convaincus de la nécessité de nos travaux. Que l'on imagine un travail épuisant, parfaitement inutile, surveillé par une espèce de brute qui n'échangeait avec les prisonniers que des cris inarticulés et des ordres incompréhensibles. Il y avait de quoi dissuader les plus patients d'entre nous. En fait, le manque d'esprit coopératif ne facilitait pas les rapports.

    Les shorts partaient en lambeaux, les moustiques piquaient les parties dénudées de notre corps. Les pieds, dans les fameuses sandalettes taillées dans les vieux pneus de la Citadelle de Hanoï, étaient couverts de plaies inguérissables et la dartre annamite faisait suinter nos doigts douloureux. Nos jambes blessées par les plantes coupantes étaient couvertes de sangsues et de vermine qui montait du sol pourri. Nous étions en juillet, dans une atmosphère humide et accablante, sans boire ni manger. Nous pouvions nous désaltérer qu'au camp, sauf si nous avions la chance, après une averse, de trouver un peu d'eau stagnante.

    A la nuit tombante, avec force hurlements, les cerbères rassemblaient le maigre troupeau et, en file indienne, l'outil à la main ou sur l'épaule, nous faisions le chemin inverse du matin. Epuisés, sans un mot, nous nous laissions tomber sur le sol, la tête vide, ne souhaitant plus rien, sinon chez certains, la mort qui les délivrerait de leur désespérance.

    Peu de temps après notre arrivée, nous fûmes autorisés à bâtir une paillote pour nous protéger surtout de la pluie. Et encore, le droit de construire notre installation, nous fût-il accordé après l'horaire quotidien de travail sur les pistes.

    Les Japonais avaient choisi un emplacement surplombant la route de quelques mètres. Après avoir creusé et nivelé une plate-forme de 5 à 6 mètres de largeur sur 30 mètres de longueur, nous pûmes édifier une longue paillote à la mode indigène. Le bambou que nous trouvions dans la forêt, nous fournit le matériau classique. Les longues tiges cannelées servirent de montants et de charpentes. Fendues longitudinalement, les lames tressées et assemblées avec des lianes nous permirent de confectionner des bat-flanc.

    Un unique passage de cinquante centimètres, aménagé dans le sens de la longueur, permettait de circuler. De chaque côté, un long bat-flanc tenait lieu de litière. Les quelques nattes ou couvertures que nous avions pu emporter complétèrent ce rudimentaire ameublement.

    L'herbe à paillote servait de toiture, mais cette couverture était plutôt symbolique car la pluie, presque toujours diluvienne, traversait la toiture et transformait notre habitat en un véritable bourbier.

    Légèrement en contrebas de notre plate-forme et à proximité de l'unique accès, les Japonais avait fait construire leur poste de garde sur le même gabarit, mais évidemment mieux équipé et plus confortable que notre cantonnement.

    En définitive, notre cabane adossée au talus sur trois côtés, non clôturée du côté route, permettait aux sentinelles de ne jamais nous perdre de vue et au besoin de nous prendre en enfilade avec la mitrailleuse, que nous apercevions toujours pointée vers nous. A proximité, une sorte de grotte naturelle abritait la cuisine du camp. L'eau était amenée par camions dans des fûts et nous la faisions bouillir dans de grands chaudrons.

    La nourriture se réduisait essentiellement à du riz cuit à l'eau et quelques légumes locaux (liseron d'eau) en très faible quantité. Une fois ou deux par semaine, on ajoutait au brouet quelques déchets de viande et d'os.

    La répartition des aliments revenant à chacun d'entre nous posa un jour un problème. Le chef de table qui se trouvait au bout de la table et qui remplissait les assiettes qu'on lui passait successivement, eut la main lourde, de sorte que les derniers n'ont pu avoir leur part, le plat étant vide. Les premiers servis ayant déjà terminé de manger, il n'était pas possible de leur demander de restituer une portion des aliments distribués.

    Je me suis proposé, au repas suivant, à faire le service, car j'avais, comme on le dit familièrement, le compas dans l'œil. Je m'arrangeai pour procéder en deux services, pour avoir du rabiot.

    Tout le monde étant satisfait, je fus maintenu dans les fonctions de « répartiteur ». Toutefois, je fus pris en défaut, un jour : je devais partager un petit pain avec mon voisin d'infortune, un lieutenant d'artillerie, ancien polytechnicien. Il m'a démontré que le partage sera équitable lorsque le pain sera en équilibre sur le fil du couteau. Bien sûr !

    La faim nous tenaillait sans cesse et, dans notre délire, il nous arrivait de rêver comme tous les prisonniers du monde de steak-frites et de fruits frais.

    Dans un camp voisin, où les malades étaient particulièrement nombreux, le chef japonais fit enfermer les dysentériques dans une case dont il fit condamner l'unique accès. Personne ne devait s'approcher des reclus sous peine de partager leur sort. Malgré les terribles menaces, on réussit, à travers un trou percé dans la paillote à leur faire passer quelques boules de riz et un peu d'eau. Leur martyre dura 10 jours. Le dixième jour, on enleva les morts déjà en décomposition. Il restait seize survivants, incapables de se tenir debout, à demi comateux et souillés de déjections et de sang.

    En toutes circonstances, il nous fallait lutter contre le renoncement, car tout homme qui cessait de lutter, tombait, s'accroupissait comme une bête qui crève et, recroquevillé sur lui-même, attendait la mort libératrice.

    Ces marsouins, bigors, légionnaires n'étaient certes pas des enfants de cœur. Ils avaient tout au long de leur carrière appris à souffrir sous des cieux incléments.

    Ignorés de tous, ces gens simples surent souffrir en silence. N'attendant rien de personne, dans l'affreuse solitude qui était la leur, dans une détresse physique et morale inexprimable, il touchait le fond du désespoir. En vérité, ils étaient condamnés à mourir d'inanition et de misère. Lorsque, après notre retour à Hanoï, les rescapés moururent par dizaines, les certificats de décès établis par nos médecins portaient à peu près tous la même mention : « misère physiologique ».

    D'une maigreur quasi squelettique, nous étions à bout de forces par le moindre effort. Nos jambes enflées par le béribéri refusaient de nous porter. Certains qui devaient mourir à k « libération » maigrissaient de 25 kg après deux mois de séjour au camp de représailles. Le terme de « séjour » est impropre, car, il faudrait dire en camp de déportation.

    Tous les prisonniers subissaient le même régime. Les officiers n'étant pas traités différemment. Nous subissions avec nos hommes le même travail pénible et la même déplorable vie.

    Bien entendu, nous ne disposions d'aucune lumière, la nuit venue ; allongés sur nos bat-flanc, nous attendions le lever du jour dans une immobilité forcée. Il était interdit de se lever la nuit et à plus forte raison de déambuler. Les gardes-chiourme montaient la garde sur la route en contrebas et avaient ordre de tirer à vue sur tout ce qui bougeait.

    Quand un camarade trépassait, le corps était enlevé du bat-flanc par ses plus proches compagnons et enroulé dans une natte, enseveli à une centaine de mètres du cantonnement sous trente centimètres d'humus. Encore fallait-il se hâter, les Japonais ne tenant pas à ce que nous perdions du temps. Quand les nattes firent défaut, les corps furent mis en terre, à peu près nus, les amis se partageant les maigres guenilles du défunt.

    Dans un camp voisin du nôtre, le chef de poste avait imaginé pour se dégourdir les jambes l'exercice suivant : en pleine nuit, il courait d'un bout à l'autre du bat-flanc sur les corps étendus. Ses lourds brodequins cloutés provoquaient sur les corps blessés des meurtrissures atroces. Les hurlements de douleur remplissaient de contentement le sadique guerrier qui, satisfait de sa bonne plaisanterie, reprit sa garde tranquillement.

    Pour ceux que tentait l'évasion, l'obstacle le plus difficile demeurait la forêt elle-même et l'impossibilité absolue de se diriger et de s'orienter sans l'aide de k population.

    Certains prisonniers qui, dans un camp voisin, avaient voulu « se faire la belle », furent repris plusieurs jours après à quelques kilomètres de là par des Thaïs qui les livrèrent aux Japonais moyennant récompense en retour. Les fugitifs furent décapités séance tenante devant le camp rassemblé.

    Dans un autre camp, Gontran, un eurasien, d'abord amené au milieu du camp, subit une terrible bastonnade pour avoir été surpris dans un village proche. Couvert de sang, il fat ensuite attaché à un arbre. Un nœud coulant lui enserrait le cou de telle sorte qu'en se penchant en avant la boucle se resserrait et le malheureux s'asphyxiait lui-même. Quand il perdit connaissance, les Japonais retendirent sur une pile de madriers en plein soleil. Il râla jusqu'au soir. Enfin, les tortionnaires firent creuser un fossé par quelques prisonniers. Ils rirent accroupir le malheureux à demi inconscient au bord de la fosse. Un premier coup de sabre lui fracassa l'épaule. Le second l'atteignit dans le dos. Il fallut deux nouveaux coups de sabre pour l'achever. Satisfaits de leur besogne, le chef du camp et ses hommes s'acharnèrent sur le corps pour bien montrer leur dextérité aux prisonniers français muets d'horreur. Pour les punir de ne pas avoir dénoncé leur camarade - qui s'était enfui pour aller chercher des denrées alimentaires au village le plus proche - ils devaient assister en plein soleil depuis le matin à toutes les phases du macabre et hallucinant sacrifice de leur camarade.

    Un autre jour, un prisonnier, marin d'une canonnière fluviale du Tonkin, n'eut pas de chance. S'amusant à lancer des cailloux sur un camarade situé à une dizaine de mètres de lui, il manqua sa cible et toucha fortuitement le garde-chiourme, un colosse coréen d'un mètre quatre-vingt-dix de hauteur. Celui-ci, offensé, prit très mal l'incident. Il le fit sortir des rangs, dégaina son sabre et le décapita atrocement. Les camarades étaient médusés.

    L'espoir de sortir vivant de cette jungle maudite s'estompait petit à petit et notre désespoir était devenu sans limites.

    Nous étions aux alentours du 15 août.

    Un soir, au poste de garde et durant toute la nuit, une agitation inaccoutumée chez nos geôliers nous empêcha de dormir. Il se passait quelque chose que nous cherchions à deviner : les plus folles hypothèses circulaient. Au matin, il n'y eut pas de rassemblement pour les corvées habituelles et ce n'était pas un jour férié pour les Japonais. Par une indiscrétion venue on ne sait d'où, la nouvelle inespérée se transmet de bouche en bouche : la guerre est finie, le cauchemar est terminé !

    Le surlendemain, des camions nous ramenèrent à Hanoï à la Citadelle.

    La Citadelle n'est plus une prison, mais un casernement qui, deux fois par semaine, ouvre ses portes à la visite des familles.

    Le ravitaillement du camp a été pris en mains par l'intendance française.

    Quant à la surveillance, ou à la protection, il est bien difficile de dire qui en a la charge, tant s'entrecroisent les missions et patrouilles : chinoises, américaines, japonaises.

    Progressivement, la vie militaire redevient normale pour les prisonniers de guerre encore valides, qui sont réintégrés dans leurs anciennes unités à partir du 18 septembre, puis incorporés au sein du Corps expéditionnaire français.

    Pour ma part, je suis affecté au 5eme R.I.C., puis détaché à l'Etat-Major de la Subdivision de Hanoï. Je participerai aux opérations dans le delta tonkinois, durant encore un an et demi, avant d'être rapatrié.

    Dernière modification par robin des bois ; 20/07/2015 à 12h42.

  4. #3
    Invité Avatar de Tardiwë
    Date d'inscription
    juin 2015
    Messages
    7

    Par défaut

    Il doit y avoir encore en vie des personnes qui étaient enfants à l'époque et qui se souviennent. Ces internés restèrent dans le ghetto jusqu'à sa libération (date ?).

  5. #4
    Invité Avatar de hlejeannic
    Date d'inscription
    octobre 2016
    Messages
    1

    Lightbulb Famille LE JEANNIC déplacée de Dalat à Nha Trang en mars 45

    Citation Envoyé par Tardiwë Voir le message
    Il doit y avoir encore en vie des personnes qui étaient enfants à l'époque et qui se souviennent. Ces internés restèrent dans le ghetto jusqu'à sa libération (date ?).
    Cher Tardiwë
    Il ne me reste qu'un oncle qui a vécu les évènements, du coup de force japonais jusqu'au départ définitif pour la France en juin 46.
    J'ai donc quelques anecdotes mais mal datées.
    Ils ont été évacués le 1er nov 1945 de Nha Trang sur Saïgon (exceptionnellement il semble, car mon grand-père avait été proviseur du Lycée Petrus Ky en 1943, et il devait rester peu de cadres pour reconstituer l'enseignement supérieur). La date est précisée sur un courrier de l'époque.
    Avez-vous entendu parler du seul avion japonais qui a essayé de décoller de Nha Trang?

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